Lecture collective : Kant avec Sade

La lecture collective reprend au mois de février 2019, après avoir, en décembre 2018, terminé La Troisième de J. Lacan. Elle portera sur un texte des Ecrits, relativement court mais suffisamment difficile pour faire l’objet d’une lecture collective. Il s’agit de « Kant avec Sade », pp. 765-790 de la première édition du Seuil de 1966.

Ce texte, terminé en septembre 1962, fut rédigé par Lacan pour paraître en préface au tome III des Œuvres complètes du Marquis de Sade, Editions du Cercle du Livre précieux, tome III qui comprend La Philosophie dans le boudoir. Or, ce tome parût en 1963, mais sans la préface de Lacan. Le texte fut publié l’année suivante, en avril 1963, dans le n° 191 de la revue Critique, en manière de compte-rendu de l’édition précitée des Œuvres complètes de Sade à laquelle il était destiné.

C’est en octobre 1966 lors de la réédition de ces Œuvres complètes par le même éditeur, que le texte « Kant avec Sade » est inclus, mais alors en post-face et remanié par Lacan.

Le texte paraît en même temps dans les Ecrits en 1966, mais dans sa version initiale, sans les corrections qu’y a apportées Lacan pour la poste-face des Oeuvres complètes de Sade, sans doute sur intervention de l’Editeur.

Lacan fait état de cet article dans quelques séminaires, par exemple la Logique du fantasme (22 février 1967) ou L’Envers de la psychanalyse.

Notre choix de ce texte tient tout d’abord à sa rencontre dans la Troisième, dont voici un passage. « Les –eu, eugénique, euthanasique, nous mettraient enfin dans l’apathie du bien universel et suppléeraient à l’absence du rapport que j’ai dit impossible à jamais par cette conjonction de Kant avec Sade dont j’ai cru devoir marquer dans un écrit l’avenir qui nous pend au nez – soit le même que celui où l’analyse a en quelque sorte son avenir assuré. « Français, encore un effort pour être républicains. ». A le relire pour cette occasion, et contrairement à ce que prétend Lacan, nous devons bien admettre que cet article nous a fait et chaud et froid.

Pour Kant comme pour Sade il s’agit d’élever la maxime qui commande ce que l’on fait à l’universel : maxime de l’impératif catégorique kantien selon laquelle on ne doit faire que ce qu’on reconnaît à tout homme le droit de faire ; maxime sadienne de la règle à la jouissance qui la pose également comme règle universelle. L’universel, que Lacan distingue du général, « prend les choses comme elles se fondent et non comme elles s’arrangent ». Le rapprochement que Lacan fait de l’éthique kantienne et de l’éthique sadienne se fonde sur le rejet de la jouissance par la première et de son évacuation par la seconde (c’est ici volonté de jouissance) au profit du fantasme qui s’y substitue. Il y a fixation sadienne sur le fantasme.

Il nous faut donc ajouter que nous trouvons dans ce texte, et cela vient en second dans notre choix, une articulation inégalée avec le fantasme, qui est le thème du prochain colloque de l’Ecole.  N’est-ce pas le lieu où Lacan, qui vient d’élaborer la structure du fantasme, en éprouve la logique en frottant son écriture à l’aune du système sadien ?

Nous y trouverons un énoncé qui dit un peu de la difficulté qu’il y a à tenter de parler du fantasme et beaucoup sur la nécessité à tenter de le faire : « C’est qu’un fantasme est en effet bien dérangeant puisqu’on ne sait où le ranger, de ce qu’il soit là, entier dans sa nature de fantasme qui n’a réalité que de discours et n’attend rien de vos pouvoirs, mais qui vous demande, lui, de vous mettre en règle avec vos désirs. »

Les prochaines réunion auront lieu les mercredi 3 avril 2019 et 05 juin 2019 à 21h, à l’IPT (salle 22), 83 bd Arago, 75014 – Paris.

Responsables : Jeanne Drevet, Matias Pons Sansaloni, Solal Rabinovitch, Dora Yankelevich-Szerman