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Colloque 2017 de l’EpSF

« Le corps, ça devrait vous épater plus!», disait Lacan.

En effet que savons-nous de cette énigme vivante et parlante que nous nommons «corps» – qui n’est pas un concept? Si le corps pulsionnel enveloppe l’objet a et constitue «les tablettes»sur lesquelles écrit l’Autre, comment vient à se placer l’image de soi dans son rapport à l’étoffe du corps?

Suite de l'argumentaire

De naissance prématuré, modifié par le temps, le corps retourne, suivant le trajet de la pulsion, à l’inanimé et redevient le signifiant que l’Autre y aura écrit et qui s’y était «einverleibt» incorporé. Dans cette dépendance de l’Autre, le sujet entretient avec son corps des rapports conflictuels, parfois si difficiles qu’il n’y a même plus accès ou que ses perceptions sont livrées au chaos.

La conversion hystérique a appris à Freud que ce qu’on nomme «corps» n’obéit pas nécessairement aux lois du vivant (anatomie, neurologie, etc.). Freud élabore cet écart entre corps et vivant avec l’érotisation qui transforme l’organisme vivant de l’infans en corps pulsionnel, lieu des affects et du plaisir, lieu aussi de conflit, de jouissance et de symptôme. «Pour jouir, il faut un corps», énonce Lacan. Il se déplace dans son élaboration du corps-image au corps-surface, puis au corps-torique et enfin au corps noué par les trois dimensions, Réel, Symbolique et Imaginaire.

Comment notre pratique éclaire-t-elle ces conceptions du corps, dans une époque marquée par le discours d’une science toujours plus appliquée? Comment le signifiant opère-t-il sur le corps, réel? Comment pouvons-nous entendre les différentes manières de faire la promotion du corps dans la culture actuelle, qu’il s’agisse de ce «souci» du corps qui pousse à pratiquer chant, danse, yoga, ou à l’inscription de tatouages ou encore à certaines pratiques sexuelles extrêmes, etc. ?

Que nous enseignons les artistes d’hier et d’aujourd’hui quant au corps et ses jouissances ?


Ce que la douleur ne révèle pas

Préparation du colloque

Stéphane Lemaire

« Dans cette présentation, j’essaie de rendre compte de deux aspects plausibles de la douleur. D’une part, la douleur semble signaler un dommage (au moins potentiel) pour notre organisme et son fonctionnement. C’est là une hypothèse plausible quant à la fonction biologique de la douleur. Mais d’autre part, l’expérience de la douleur n’est intuitivement que l’expérience d’une partie de notre corps comme douloureuse. En d’autres termes, ce qu’elle signale ne se signale pas au sujet. J’essaie de réduire cette tension dans le cadre des théories contemporaines de la conscience phénoménale. »
Stéphane Lemaire, docteur en philosophie, a publié un livre (une monographie) intitulée Les désirs et les raisons (Vrin), a édité deux volumes, un sur l’aveu (L’aveu, la vérité et ses effets, PUR) et un sur dans la revue Dialogue sur les valeurs (Values and value judgments : New perspectives), et un certain nombre d’articles sur les émotions.    Le jeudi 14 avril 2016 à 21 h à l’IPT salle 11

Plus d’informations à propos de Stéphane Lemaire, > cliquer ici


Le baquet de Mesmer

Préparation du colloque

Vincent Noce, qui était venu l’an dernier nous parler de l’Abbé deGravure représentant un "Baquet" Choisy et de ce que Lacan appelle « la perversion normale », nous conduira à revisiter la préhistoire de la psychanalyse en nous présentant : « Le baquet de Mesmer ».

Franz A. Mesmer (1734-1815), par ses recherches sur le « magnétisme animal », les « pouvoirs »

Baquet de Mesmer

Baquet de Mesmer

thérapeutiques du « fluide universel » émanant du regard et sa pratique des « passes magnétiques », a ouvert la voie à l’hypnose, que Freud, à la suite de Charcot, a pratiquée, mais que sa rencontre avec l’hystérie lui fit abandonner pour inventer la psychanalyse.

Le mardi 7 juin à 21h à l’IPT, salle 11

Le corps, cet autre lieu

« C’est quand même du malaise que quelque part Freud note, du malaise dans la civilisation, que procède toute notre expérience. Ce qu’il y a de frappant c’est que le corps […], à ce malaise, il contribue d’une façon dont nous savons très bien animer – animer si je puis dire- animer les animaux de notre peur. […] De quoi avons-nous peur ? De notre corps. C’est ce que manifeste ce phénomène curieux sur quoi j’ai fait un séminaire toute une année et que j’ai dénommé de l’angoisse. L’angoisse, c’est justement quelque chose qui se situe ailleurs dans notre corps, c’est le sentiment qui surgit de ce soupçon qui nous vient de nous réduire à notre corps. » J. Lacan, La troisième.

Intervenants et institutions participantes

Analystes et Institutions invitantes Institutions participantes
Lucila Anesi Aleph-Escola de Psicanalise (B.H.)
Miriam Fabre ATO-Escola de Psicanalise (B.H.)
Nélida Halfon Ato Freudiano – E. de Psicanalise (Juiz de Fora)
Testimonios (Buenos Aires) École de psychanalyse Sigmund Freud
Conversación Analitica (Buenos Aires) Escola Letra Freudiana (R.de Janeiro, S. de Bahia)
Territorios (Buenos Aires)

Les 4 -5 – 6 août 2016, à l’Automobile Club Argentin, Av. del Libertador 1850, 1er étage – CABA

Pour obtenir le programme détaillé des journées de Buenos Aires, cliquer sur le lien ci-après :  El cuerpo ese otro lugar

 

Comme cela a été annoncé à l’Assemblée Générale du 29 mai dernier un colloque réunissant sept associations et écoles du Brésil et d’Argentine organisé par l’EPSF se tiendra les 25, 26 et 27 janvier 2013 à Paris.

Le principe du travail en cartel ayant été favorablement accueilli nous ne pouvons que réitérer notre proposition et encourager les initiatives allant dans ce sens.

Un premier cartel réunissant les organisateurs du colloque a déjà été constitué. Ce cartel s’est fixé comme thème de travail le séminaire Les quatre concepts fondamentaux de la psychanalyse, séminaire qui s’est tenu à un moment décisif de l’histoire de la psychanalyse en France entre janvier et juin 1964 : entre la radiation de Lacan de la liste des didacticiens et le « bannissement » de son enseignement comme condition de la reconnaissance de la Société Française de Psychanalyse par l’Association psychanalytique internationale (novembre 1963) et la fondation de l’École freudienne de Paris (juin 1964).

Suite du texte

« Qu’est-ce qu’une psychanalyse ? », telle est la question sur laquelle se penche Lacan, une fois de plus, mais cette fois d’une nouvelle place, d’une « place qui a changé, qui n’est plus tout à fait au dedans, et dont on ne sait pas si elle est au dehors[1] ». Cette question sera au centre de nos réflexions pour définir l’orientation de ce colloque.

Le choix de Lacan d’étudier dans ce séminaire quatre concepts de la psychanalyse (l’inconscient, la répétition, le transfert et la pulsion) qui ont pour lui une fonction « originante » relève moins du souci de présenter « une synthèse que [du] devoir d’éclairer l’abrupt du réel […] du champ légué par Freud à nos soins[2] ». Il s’agit donc avant tout pour lui de rendre compte du réel de l’expérience analytique, enjeu toujours à renouveler pour le psychanalyste dans son acte.

Nous avons déterminé quelques axes de travail qui ne sont encore qu’une première ébauche :

  • dialectique entre praxis et transfert,
  • présence de l’analyste / concept de l’inconscient,
  • présence de l’analyste / présence de la vérité,
  • interprétation et transfert.

Cette liste n’est, bien sûr, pas exhaustive.

Quelques références bibliographiques :

  • S. Freud, La technique psychanalytique, Paris, PUF, 1953.
  • S. Freud, « Pulsions et destins des pulsions » dans Métapsychologie, Paris, Idées/ Gallimard n° 154, 1972, pp. 11-44 et dans OCP, Tome XIII, Paris, PUF, 1988, pp. 163-185 sous le titre « Pulsions et destins de pulsions ».
  • J. Lacan, Les quatre concepts fondamentaux de la psychanalyse, Paris, Le Seuil, 1973.
  • J. Lacan, « Du “Trieb” de Freud et du désir de l’analyste » dans Écrits, Paris, Le Seuil, 1966, pp. 851-854.
  • J. Lacan, « Variantes de la cure-type », dans Écrits, Paris, Le Seuil, 1966, pp. 323-362.
  • J. Lacan, « La direction de la cure et les principes de son pouvoir » dans Écrits, Paris, Le Seuil, 1966, pp. 585-645.
  • J. Lacan, Intervention au Congrès de Strasbourg de l’École Freudienne de paris sur « Psychanalyse et psychothérapie » le 12 octobre 1968 au matin, dans Lettres de L’école Freudienne 1969 n° 6 pp. 42-48.

L’organisation « linguistique » du colloque nécessitant une logistique de traduction assez lourde — trois langues seront utilisées : portugais, espagnol et français — LES TEXTES DEVRONT IMPÉRATIVEMENT NOUS PARVENIR AU PLUS TARD À LA FIN DU MOIS DE SEPTEMBRE 2012 avec quelques lignes de présentation des interventions, les noms des membres des cartels ainsi que celui ou ceux des intervenants.

Christian Centner, Héléna D’Élia, Claude Garneau, Charles Nawawi, Françoise Samson, Dora Yankelevich-Szerman

[1]J. Lacan, Les quatre concepts fondamentaux de la psychanalyse, Paris, Le Seuil, 1973, p. 9.

[2]Ibidem, 4ème page de couverture.

Quelques notes d’orientation pour le Colloque 2013

Pour ce colloque nous avons centré nos réflexions sur le signifiant « Praxis ».

“La praxis psychanalytique” est un thème assez vaste pour supporter un large éventail de questions et d’ouvertures. Ce thème étant très ouvert puisque l’on peut dire qu’il recouvre toute la psychanalyse, nous sommes conscients du fait qu’il faudra veiller à ne pas s’éparpiller ; notre travail consistera donc pour l’essentiel, à concentrer les réflexions autour de quelques thèmes dominants.

« La praxis psychanalytique » n’est pas encore le titre définitif. Il a été envisagé plusieurs modulations comme « la psychanalyse est une praxis », « les amarres de la praxis psychanalytique » ou encore « la praxis psychanalytique aujourd’hui » dans une dimension temporelle donc, à l’instar de la question que Lacan inscrit au fronton de La direction de la cure : « Qui analyse aujourd’hui ? », ce n’est pas tant « qui ? » que « comment analyse-t-on aujourd’hui ? » ou « avec quoi analyse-t-on aujourd’hui ? ».

Ce signifiant, « praxis » a deux portes d’entrée, l’une, l’intervention de Lacan au Colloque international de Royaumont de juillet 1958, publié pour la première fois en 1961 et repris dans les Écrits sous le titre « La direction de la cure et les principes de son pouvoir », l’autre, la définition qu’il en donne dans le séminaire XI, Les quatre concepts fondamentaux de la psychanalyse précisément à la page 11 du volume édité au Seuil.

« Nous entendons, écrit Lacan dans « La direction de la cure », montrer en quoi l’impuissance à soutenir authentiquement une praxis, se rabat, comme il est en l’histoire des hommes commun, sur l’exercice d’un pouvoir[1] ».

Dans ce Colloque Lacan s’adressait, au-delà de son auditoire, aux analystes formés « à l’américaine ». Ce texte pose d’abord la question du transfert et la manière dont l’analyste s’y situe. En corollaire, c’est encore la question de la formation des psychanalystes qu’il interroge. Il ouvre la voie à l’éthique de la psychanalyse dont Lacan fera séminaire l’année suivante en 1959-60, à l’acte analytique dont le séminaire ne se tiendra qu’en 1967-68, enfin à la notion de « désir de l’analyste » introduite dans le Séminaire XI. C’est dans ce séminaire que Lacan définit la praxis d’une manière qui ne sera renouvelée qu’avec l’introduction du nœud borroméen :

« Qu’est-ce qu’une praxis ? demande-t-il. Il me paraît douteux que ce terme puisse être considéré comme impropre concernant la psychanalyse. C’est le terme le plus large pour désigner une action concertée par l’homme, quelle qu’elle soit, qui le met en mesure de traiter, dirais-je, le réel par le symbolique. Qu’il y rencontre plus ou moins d’imaginaire ne prend ici que valeur secondaire[2]. »

La première remarque que nous inspire cette définition est l’affirmation, par Lacan, que le terme de « praxis » s’applique à la psychanalyse ; ce qui n’a rien d’évident du seul fait que celui-ci trouve son ancrage historique dans la philosophie classique et dans le marxisme. Est-ce un phénomène de mode de l’époque[3] ? Il y a tout lieu d’en douter au regard des termes utilisés par Freud dans ses écrits dont Françoise Samson nous donne un aperçu dans le texte joint. Une autre considération plaide en faveur du fait que Lacan ne cède pas à un phénomène de mode, c’est que ce signifiant de « praxis » est présent dans son séminaire depuis Le désir et son interprétation (1958-1959) jusqu’à la fin de son enseignement mise à part une interruption entre 1967 et 1971 au Congrès de l’École freudienne de Paris sur « La technique psychanalytique » en mai 1971.

La seconde remarque est que cette définition est datée : 1964. Il ne paraît pas excessif d’imaginer qu’elle aurait pu être reprise avec les mêmes termes dix ans plus tard, disons en 1974, et être rédigée ainsi :

Qu’est-ce qu’une praxis ? (…) C’est le terme le plus large pour désigner une action concertée par l’homme, quelle qu’elle soit, qui le met en mesure de traiter le réel par le symbolique, non sans y rencontrer l’imaginaire.

Cette dernière formulation nous permettra, peut-être, d’éclairer ou du moins d’entrer dans cette remarque que Lacan avance dans Le Sinthome et qui fait ultime définition :

« C’est en tant que le sinthome fait un faux-trou avec le symbolique, qu’il y a une praxis quelconque. C’est-à-dire quelque chose qui relève du dire de ce que j’appellerai aussi bien à l’occasion l’art-dire, voire, pour glisser vers l’ardeur[4]. »

Formulation qui reste encore mystérieuse mais dont on entend les résonnances avec l’Étourdit et avec Joyce.

Le signifiant « praxis » est un signifiant central de la philosophie qui traverse toute son histoire d’Aristote à Marx et au-delà. L’article « Praxis » écrit par Étienne Balibar, Barbara Cassin et Sandra Laugier, dans le Vocabulaire européen des philosophies[5] a été un point d’appui pour s’y repérer. « Praxis » renvoie chez Aristote « à une élaboration qui l’oppose à la poiêsis et le met en relation avec une éthique et une “politique de la prudence[6]” ». Chez Marx il renvoie « au mouvement de transformation du monde existant enraciné dans le travail et la lutte des classes ». Au-delà de Marx il faut signaler les avancées de Gramsci, de Sartre et d’Althusser qui ont eux-mêmes inspiré de nombreux auteurs. Ce n’est pas lieu de faire, ici, une histoire de ce concept en philosophie mais il peut être utile pour nos réflexions d’en donner quelques grandes lignes.

Les auteurs de cet article soulignent d’emblée deux difficultés intéressantes :

« Le terme praxis, écrivent-ils, pose deux problèmes : premièrement faut-il le « traduire » ? deuxièmement, à quelle langue appartient-il ? : le grec ou l’allemand ? Ces deux problèmes ne sont pas vraiment séparables : ils définissent un processus d’appropriation exemplaire, qui se ramène pour l’essentiel à une transformation de la catégorie aristotélicienne par le marxisme. (…) La majorité des connotations qui s’attachent à l’usage de praxis proviennent aujourd’hui non pas directement de la source grecque, mais d’usages en allemand, avant tout post-marxistes pour constituer aujourd’hui une référence autonome[7]. » Il suffit de reprendre les séminaires L’éthique de la psychanalyse et Le transfert pour prendre la mesure du dialogue que Lacan a entretenu avec Aristote et avec Marx à propos de ce signifiant.

Concernant la traduction de ce terme, le dictionnaire d’allemand donne comme premier sens « le cabinet », Artzpraxis c’est le cabinet du médecin, mais die Praxis c’est, par métonymie, la clientèle. C’est un terme courant de la langue allemande, et de ce qui a pu être rapidement parcouru des textes de Freud en allemand il y est très fréquemment utilisé. Quant à la langue française le Dictionnaire historique de la langue française confirme que ce terme est emprunté à l’allemand et insiste sur le fait qu’il ne provient pas directement du grec. Son utilisation dans la langue française date de 1934, c’est à dire du livre de Marx Thèses sur Feuerbach traduit en français à cette date.

Quelques exemples choisis dans deux textes de Freud, Le Moi et le Ça et Analyse avec fin et analyse sans fin nous donneront une idée de la manière dont Freud utilise ce terme et de la manière dont il est traduit en français.

Premier exemple, dans le premier chapitre de Le Moi et le Ça, intitulé « La conscience et l’inconscient » l’expression « die analytische Praxis » a d’abord été traduite par « travail analytique[8] » avant qu’elle ne le soit par « pratique analytique[9] ». Ni l’une, ni l’autre de ces traductions ne convient. Le terme praxis ne recouvre ni le terme de « travail », ni celui de « pratique », il possède une spécificité éthique que ne traduit aucun de ces deux mots. C’est pourtant ce dernier, « la pratique », qui est le plus souvent utilisé et ce d’une manière unifiée dans les Œuvres complètes des PUF.

D’autres exemples tirés de Analyse avec fin et analyse sans fin montrent que le terme de praxis est toujours utilisé par Freud dans l’expression « die analytische Praxis » qui est alors systématiquement traduite par « pratique analytique ». Or s’il est manifeste que “praxis” et “pratique” sont deux notions très proches, elles sont néanmoins à distinguer. Il semble que Lacan, qui a pourtant utilisé les deux, soit plus près du texte freudien lorsqu’il ne le traduit pas. On retrouve là, la préoccupation des auteurs de l’article du Vocabulaire européen des philosophies. À la fin de la troisième partie de ce texte, Analyse avec fin et analyse sans fin, Freud s’interroge sur « l’instabilité de notre thérapie analytique » concernant sa « prétention de guérir les névroses en assurant la maîtrise sur les pulsions ». Cette prétention, dit-il, est légitime « dans la théorie toujours, dans la pratique (« Praxis » dans le texte de Freud en allemand) pas toujours. » Nous avons là encore un exemple de l’ambiguïté de la traduction de l’allemand au français.

Les trois temps majeurs de l’élaboration du réel chez Lacan sont : dans le séminaire Le moi dans la théorie de Freud, « le réel comme ce qui revient toujours à la même place » ; dans le séminaire Les quatre concepts fondamentaux, « le réel comme l’impossible » ; enfin dans les séminaires borroméens à partir de 1973 le réel comme « ce qui est impensable », le « hors sens ». Si la « praxis » a partie lié au réel, quelles conséquences ces remaniements conceptuels ont-ils pour son traitement ? Avec l’apport du nouage RSI prend-il une nouvelle orientation ?

Ces questions pourront être développées dans l’un des thèmes lors de ces journées.

Le signifiant « praxis » et l’institution psychanalytique.

Dans le temps historique du séminaire XI tout entier tourné vers « le devoir d’éclairer l’abrupt du réel[10] », il aurait été étonnant que Lacan ne reprenne pas ce signifiant « praxis » dans les textes fondateurs de son École. L’acte de fondation de l’E.F.P. daté du 21 juin 1964, est antérieur de trois jours à la dernière leçon de ce séminaire qui s’est tenue le 24 juin. Ce texte – L’acte de fondation – s’ouvre par une affirmation tranchante : L’École est le lieu où « doit s’accomplir un travail qui ramène la praxis originale que [Freud] a instituée sous le nom de psychanalyse dans le devoir qui lui revient en notre monde », affirmation que l’on retrouve dans les mêmes termes dans la lettre de dissolution du 8 janvier 1980.

Dans les trois sections qui constituent son École, Lacan assigne des tâches toutes en lien avec la praxis psychanalytique. Il suffit de relire l’Acte de fondation pour se rendre à l’évidence : « critique interne de la praxis comme formation » dans la section de psychanalyse pure, « mise à l’épreuve des termes catégoriques et des structures [qu’il y a] introduits comme soutenant le droit fil de la praxis freudienne » dans la section de psychanalyse appliquée, enfin « éthique de la psychanalyse, qui est la praxis de sa théorie » dans la section de recensement du champ freudien.

Resterait à voir comment ces questions peuvent être revivifiées dans nos écoles aujourd’hui.

Voici donc ce que nous avons tracé comme premières pistes de réflexion pour ce colloque.

Il faut pour finir signaler quelques thèmes et questions qui ont été soulevés dans nos réunions.

  • L’interprétation, construction, élaboration, épissure, raboutage …
  • Quel rapport entretiennent topologie et praxis ?
  • Présence de l’analyste/présence de la vérité[11], transfert, désir de l’analyste …
  • La pulsation de l’inconscient, « l’inconscient freudien et le nôtre »
  • La pulsion, la fin de la cure, « le tracé de l’acte »
  • La psychanalyse en institution (enfants et adultes),
  • Les outils dont se sert l’analyste, le savoir et le non savoir de l’analyste, le savoir textuel, les outils topologiques.

Nous tenons à rappeler que l’organisation du travail en cartel est toujours d’actualité. Nos courriers précédents, depuis le mois de juillet, semblent avoir suscité la formation de cartels dont nous avons eu déjà quelques retours, notamment d’Argentine et du Brésil.

Voilà donc où nous en sommes dans nos réflexions concernant ce colloque, il nous reste à réitérer notre offre de nous rejoindre dans ce travail et nous vous invitons à nous faire part de vos propositions et de vos suggestions.

Christian Centner, Héléna D’Élia, Claude Garneau, Charles Nawawi, Françoise Samson, Dora Yankelevich-Szerman.

[1] J. Lacan, « La direction de la cure et les principes de son pouvoir » dans Écrits, Seuil 1966, p. 586.

[2] J. Lacan, Les quatre concepts fondamentaux de la psychanalyse, Seuil Paris 1973, p. 11.

[3] Louis Althusser publie Pour Marx et Lire le Capital en 1965.

[4] J. Lacan, séminaire Le sinthome, leçon du 9 mars 1976, p. 118.

[5] Vocabulaire européen des philosophies, sous la direction de Barbara Cassin, Seuil 2004, pp. 988-1002.

[6] On ne peut pas dire que notre pratique soit étrangère à cette “politique de la prudence”.

[7] Vocabulaire européen des philosophies, Paris, Le Seuil/Le Robert, 2004, p. 988.

[8] Petite Bibliothèque Payot, n° 44, p. 185.

[9] OCP, Tome XVI, p. 262.

[10] Séminaire XI, 4ème page de couverture. Résumé rédigé pour l’annuaire de l’École pratique des Hautes Études.

[11] Voir J. Lacan, Intervention au Congrès de Strasbourg de l’école Freudienne de paris sur « Psychanalyse et psychothérapie » le 12 octobre 1968 au matin, dans Lettres de L’école Freudienne 1969 n° 6 page 42-48.

“Praktik” et “Praxis” dans les textes de Freud

Praktik est peu employé de nos jours et plutôt au pluriel pour parler de pratiques pas très nettes, trucs, artifices, stratagèmes. Freud l’utilise pour parler de pratiques sexuelles comme le coïtus interruptus ou l’utilisation de certaines parties du corps en principe pas destinées à cela, ou encore pour la masturbation. Mais il l’utilise aussi pour désigner des pratiques religieuses mystiques, magiques, celles de la « Christian Science » dans les pays anglophones et pour le yoga.

Le mot Praxis, Freud l’utilise dans le sens habituel en allemand de « cabinet » pour médecins (ou pour avocat et autres professions libérales), mais aussi dans son opposition à « théorie ».

Exemples : « Dans la théorie on tend toujours à surestimer les premiers (facteurs constitutionnels), la Praxis thérapeutique souligne l’importance des seconds (facteurs accidentels). »

« Il est vrai, que l’interprétation du rêve a gagné une importance incomparable pour la théorie comme pour la praxis de l’analyse. »

« L’expérience analytique […] nous a amené à négliger dans la praxis thérapeutique le facteur constitutionnel ; nous n’avons il est vrai pas prise sur celui-ci ; dans la théorie nous devrions toujours nous en souvenir. »

Ou encore dans des formulations comme « la praxis quotidienne », « la praxis habituelle » « dans la praxis actuelle de la cure » et « avec une praxis plus douce », qui me semble-t-il nous indiquent qu’on est là dans la Praxis – cabinet avec un patient et un praticien (Praktiker ou le plus souvent chez Freud Arzt, médecin) qui essaie de se débrouiller comme il peut avec « la praxis analytique », c’est-à-dire pas sans la théorie qui évolue ni sans l’éthique propre au discours analytique.

Françoise Samson

L’interprétation

Deutung, c’est le mot que Freud a choisi, paru tout d’abord comme chacun sait sous le titre Traumdeutung, pour rendre compte de certaines interventions de l’analyste dans le cadre d’une cure. Ce mot a la même base étymologique que deutsch, qui signifiait en vieux germanique le peuple. Deuten signifiait rendre compréhensible. Aujourd’hui il signifie interpréter un texte, un signe, une image, une métaphore[1], les lignes de la main, les étoiles quand il est transitif, mais aussi indiquer, pointer, montrer du doigt, désigner, il est alors intransitif et construit avec la préposition auf. Du coup les choses deviennent « deutlich », nettes, claires, lisibles, compréhensibles, sans équivoque (eindeutig), voire grossières et sans égards et même « überdeutlich » soulignées, surlignées, en surbrillance. Elles prennent une Bedeutung, une signification, voire plusieurs puisqu’elles peuvent du même coup devenir zweideutig, équivoques. Donc c’est affaire de langage, de langue, de la lalangue.

Et c’est bien par cette question, une question de vocabulaire en somme, que Lacan commence l’avant-dernière séance de son séminaire « Les quatre concepts de la psychanalyse », le 17 juin 1964, intitulée, dans l’édition du Seuil, « De l’interprétation au transfert ». Après avoir annoncé le vocabulaire qu’il allait introduire ce jour-là ( identification, idéalisation, projection, introjection) et mis en garde contre « l’usage intuitif » des mots, « source de tous les glissements et de toutes les confusions », il poursuit ainsi: « C’est le sort commun , celui qui parle, au moins dans sa langue maternelle, s’exprime d’une façon si sûre, et avec un tact si parfait, que c’est l’usager le plus commun d’une langue, à l’homme non instruit, qu’on recourt pour savoir quel est l’usage propre d’un terme.» (p.221) Avec les mots du vocabulaire psychanalytique, les psychanalystes sont « hélas, familiarisés», dit Lacan, (soulignons le « hélas ») et donc quand ils parlent ils font couramment, comme l’homme du discours commun, un usage spontané et adéquat de ce vocabulaire. Et c’est à ce « tact de l’usage psychanalytique » que Lacan se réfère. Ainsi, de ce point de vue, pourrait-on dire le discours analytique ne fait pas exception au discours courant : « L’usage intuitif des ces termes, à partir du sentiment qu’on a de les comprendre » est « source de tous les glissements et de toutes les confusions. » Voilà pourquoi il nous est nécessaire de remettre sans cesse les concepts fondamentaux sur le métier, que ce soit dans le cadre du travail de chacun que dans nos Écoles et associations.

On remarquera l’usage que fait Lacan ici du « tact», mot cher à Ferenczi et qui concerne le savoir-faire de l’analyste, on pourrait dire son savoir y faire avec « avec cette topologie enveloppante[2] où le sujet se reconnaît quand il parle spontanément » mais aussi avec la dépendance du « champ de l’Autre qui était là depuis un bout de temps avant que nous venions au monde et dont les structures circulantes[3] nous déterminent comme sujet. », ce qu’il nomme ensuite « positions subjectives de l’être », annonçant par là son prochain séminaire, qui en fait aura pour titre les « Problèmes cruciaux pour la psychanalyse ».

Mais c’est aussi le mot « tact » qu’utilise Freud répondant à la question de l’interlocuteur impartial du texte sur l’analyse profane : à quoi reconnaît-on le moment juste pour communiquer une interprétation à un patient ? De tact, oui mais, précise –t-il, très affiné par l’expérience. Le moment juste devrait tomber juste avant que le patient en soit lui-même assez proche sinon l’interprétation ne fabrique que rejet ou résistance. En quelque sorte que le patient puisse reconnaître « C’est ça » ce qui est pointé là, comme le dit le mot gedeutet, et ce quand bien même il ne l’avouerait que d’une dénégation.

Dans « L’étourdit » Lacan dit de l’interprétation qu’elle est apophantique[4]. Ce mot vient d’Aristote, dit le dictionnaire, et se dit d’énoncés qui peuvent être dit vrais ou faux, et peuvent être l’objet d’un jugement. Heidegger utilise aussi ce terme : ce qui fait apparaître et rend manifeste la chose dont on parle. On le voit, ce n’est pas très éloigné de ce que dit le mot qu’utilise Freud pour l’interprétation. Le recours à Heidegger n’était donc peut-être pas indispensable.

De sa voix l’analyste indique le sens, il pointe, désigne le point-nœud (Knotenpunkt)[5] qui est à dénouer et à renouer autrement, ou le mot-pont (Wortbrücke) qui est à franchir pour se diriger, se déplacer dans le (bon) sens, le sens juste. De sa voix, d’où le côté oraculaire qu’on peut prêter à l’interprétation, il surligne l’équivoque dont est tissé aussi bien le point-nœud que le mot-pont et ce par injection de signifiant. On voit bien alors qu’il ne s’agit pas de signification mais bien de sens qui touche du même coup au non- sens, le non-sens auquel le sujet s’est un jour, une fois, accroché pour amorcer sa carrière de sujet. De sa voix il déplace le regard et impulse un mouvement dans la cure.

Alors il n’est pas très étonnant que Lacan reprenne dans ce chapitre la métaphore (paternelle) et évoque le séminaire qu’il n’a pas pu faire sur Les Noms-du-Père. « Le caractère fondamentalement transbiologique de la paternité introduite par la tradition du destin du peuple élu, a quelque chose de qui est là originellement refoulé et qui resurgit toujours dans l’ambigüité de la boiterie, de l’achoppement et du symptôme, de la non-rencontre, dustuchia, avec le sens qui demeure caché.» (p. 224)

Si la métaphore est l’opération qui consiste en la substitution d’un signifiant par un autre, le signifiant chassé s’en va ailleurs, il est passé sous la barre, unterdrückt, littéralement poussé en dessous, opprimé. Donc en conclue-t-il : l’interprétation n’est pas ouverte à tous les sens : « Elle n’est point n’importe laquelle. Elle est une interprétation significative, et qui ne doit pas être manquée. Cela n’empêche pas que ce n’est pas cette signification qui est pour l’avènement du sujet, essentielle. Ce qui est essentiel, c’est qu’il voie, au-delà de cette signification, à quel signifiant – non-sens, irréductible, traumatique – il est, comme sujet, assujetti. » (p. 226). En effet, à chacun ses points-nœuds et ses mots-ponts, qu’il a fabriqué avec le matériel mis à sa disposition par « la topologie enveloppante », évoquée plus haut.

Ensuite Lacan évoque le refoulement originaire, comme nous en avons entendu parler récemment, je ne vais pas m’y arrêter aujourd’hui, sinon pour souligner que le signifiant originel est pur non-sens et qu’il est le porteur de l’infinitisation de la valeur du sujet, non point ouverte à tous les sens, mais les abolissant tous et que c’est « ce signifiant qui tue tous les sens. » (Cf l’exposé du colloque 2012 « Le signifiant originel » de Christian Centner)

Mais ce qui me semble important dans cette séance cette sorte de chaîne que Lacan esquisse qui va de « C’est que leur regard fasciné, c’est le sujet lui-même [6]» (l’Homme aux loups) à l’objet petit a et la voix démoniaque de Socrate en passant par « l’incidence négative dans lequel y entre l’objet phallus », le trait unaire et l’Idéal du moi. Il me semble que dans cette chaîne est déjà là ce que Lacan formulera plus tard, par exemple dans le Savoir du psychanalyste ou dans les Non-Dupes, à savoir que l’interprétation doit cibler la jouissance et donc se situer à la frontière du réel et du symbolique, là où la lettre fixe la dite jouissance. Il me semble qu’ainsi Lacan passe du désir et son interprétation à l’interprétation visant la jouissance.

Bien entendu cette séance aborde la question du transfert et de son départ dans le sujet-supposé-savoir, car l’interprétation se situe dans ce cadre. Quant à l’amour dit de transfert, Lacan rappelle trois choses importantes : 1) L’amour est un effet de transfert mais c’en est la face de résistance. « Nous sommes liés à attendre cet effet de transfert pour pouvoir interpréter, et en même temps, nous savons qu’il ferme le sujet à l’effet de notre interprétation. L’effet d’aliénation, où s’articule, dans le rapport du sujet à L’Autre, l’effet que nous sommes, est ici absolument manifeste. » 2) « Il n’est pas l’ombre des anciennes tromperies de l’amour. Il est isolation dans l’actuel de son fonctionnement pur de tromperie. » 3)«C’est pourquoi, derrière l’amour du dit transfert, nous pouvons dire que ce qu’il y a, c’est l’affirmation du lien du désir de l’analyste au désir du patient. […] C’est le désir du patient, oui, mais dans sa rencontre avec le désir de l’analyste. »

Pour amorcer la discussion, quelques questions et quelques pistes de travail.

Qu’entendons-nous aujourd’hui sous ce mot qui, malgré tout ce qui peut s’en dire ici ou là, désigne un acte analytique ? Lacan nous a donné la piste du discours analytique et toutes ses élaborations sur le savoir, la vérité et la jouissance.

Et les rêves dans la cure ? Interprète-t-on les rêves et comment ? Souvenons-nous de ce qu’en dit Freud dans ce texte de 1911 « Le maniement de l’interprétation du rêve en psychanalyse ». : avoir la main légère, ne pas briser le mouvement de la cure par souci d’exhaustivité de l’interprétation des rêves. Souvenons-nous aussi qu’il repère la fonction de certains rêves produits dans le cadre de la cure : confirmation d’une interprétation ou d’une construction, mais aussi rêve-programme pour la suite de la cure. Chacun se souvient également des élaborations qu’a faites Lacan en s’appuyant sur des rêves, « Père ne vois-tu pas… », il était mort selon son vœu, Irma, L’homme aux loups, La belle bouchère pour ne citer que ceux-là. Plus près de nous, J.G. Godin nous a récemment parlé de l’utilité des « Petites pattes antidérapantes du rêve »[7] dans un cas de psychose.

Autre question : comment nous débrouillons-nous avec le fait que bien des concepts psychanalytiques sont entrés maintenant dans le discours courant et donc sont mis à toutes les sauces ?

Quelles sont les limites de l’interprétation ? Lacan, par exemple, dit ceci dans « D’un Autre à l’autre »: […] nous devons admettre que n’est interprétable dans l’analyse que la répétition, et c’est ce qu’on prend pour le transfert. D’autre part, cette fin que je désigne comme la prise de l’analyste en lui-même dans le forage de a, c’est très précisément cela qui constitue l’interprétable. Pour tout dire l’interprétable dans l’analyste, c’est la présence de l’analyste. C’est pourquoi interpréter celle-ci, comme il s’est vu, comme il s’est même imprimé, est proprement ouvrir la porte, appeler à cette place l’acting-out.» (p.350)

Il y a donc aussi le rapport entre interprétation et acting-out qui pourrait être mis au travail.

Comment rendre compte qu’une intervention de l’analyste fait qu’enfin la cure prend tout à coup un virage décisif, un peu à la manière de la théorie des catastrophes ou de la goutte d’eau qui fait déborder le vase, alors que depuis fort longtemps l’analyste avait maintes fois tenté à partir de ce même point-nœud d’imprimer un mouvement dans la dite cure, de faire que l’analysant se déplace un peu ? Durcharbeiten, dit Freud, Lacan n’est pas en reste : « L’interprétation, ça demande, pour être reçue, ce que j’appelais en commençant du travail. » (Le savoir du psychanalyste, 4 novembre 1974) et on peut aussi penser au temps pour comprendre.

L’expérience de la passe a-t-elle jeté quelque lumière sur la pratique actuelle de l’interprétation et sur ses effets dans le passage de l’analysant à l’analyste ?

Les nœuds borroméens ont-ils modifié la pratique de l’interprétation et si oui, comment ? Sur ce point, je crois que pas mal de membres de notre École sont au travail. J’espère qu’ils voudront bien nous apporter le fruit de leurs recherches. Je dirai simplement aujourd’hui que « la topologie enveloppante » et les « structures circulantes » que j’ai soulignées plus haut m’ont évoqué, pour la première, le retournement du tore du symbolique enveloppant le réel et l’imaginaire et pour la deuxième, le mouvement circulaire non seulement des petites lettres des quatre discours mais aussi l’insistance de Freud à parler du mouvement entre les différentes instances de l’appareil psychique et de la cure.

Pour finir ce petit inventaire-questionnaire, incomplet bien-sûr, il y a la poésie dont Freud a fait largement usage dans ses textes et que Lacan nous désigne (deutet) comme l’essence même de l’interprétation.

Françoise Samson

[1] Le dictionnaire dit « Gleichnis » qui veut dire image, symbole, comparaison, métaphore, allégorie, parabole

[2] Je souligné ce mot.

[3] Et celui-ci.

[4] Voir à ce propos le livre de Christian Fierens, « Une deuxième lecture de L’Etourdit de Lacan, Point Hors-Ligne Eres, Toulouse, 2012.

[5] Voir à ce sujet le schéma du Manuscrit M, Architecture de l’hystérie, Lettres à W. Flie

Présence de l’analyste

Claude Garneau

2 juin 2012

Cliquer ici Présence de l’analyste S XI 25/06/2012

Le colloque de l’EPSF a eu lieu les samedi 31 mars et dimanche 1er avril 2012.
Il s’est tenu au 92 bis boulevard du Montparnasse, 75006 Paris.

Responsable : Ghislaine Capogna-Bardet

Et bien avant d’avoir osé naître,
Je fus une lettre, une ligne de raisin,
– le livre, dont vous rêvez.
Mandelstam

À la limite de l’analyse, le refoulé originaire fait énigme : il participe à la fois du savoir inconscient et d’un trou dans ce savoir. Dans un tout autre registre que le symptôme, des rejetons, des scories, des ratés, des butées, en manifestent la présence, à quoi la cure, comme la spéculation, peuvent donner accès. Un même destin freudien oriente les représentations refoulées, secondaires, et le refoulé originaire, premier : le contre investissement, préconscient, les maintient inconscients. D’où une double question : de quoi leurs rejetons sont-ils la trace ? Comment repérer, derrière le fantasme, la pulsion ?

Suite du texte

Tout d’abord, les émergences d’un archaïque, le surgissement d’un perçu d’avant l’entrée dans la parole (le vu, l’entendu, le senti, le flairé) ou d’un affect inouï, n’ouvrent-ils pas un accès au refoulé originaire. Ne peut-on également interroger l’existence de certains ratés du refoulement originaire, qu’indiqueraient la béance d’une jouissance maternelle médusante, le cannibalisme d’une incorporation primitive, ou le désordre d’un pulsionnel cru : ces ratés trouveraient-ils une solution dans l’écriture d’un signifiant, dans l’inscription d’une identification première, dans la construction d’un représentant ?

De nouvelles questions s’ouvrent alors : en fin de cure, dissoudre la nature cristalline du caractère, corriger les processus à l’origine du refoulement, construire des bords au réel d’un savoir qui d’origine est hors de portée du sujet, cela permettrait-il d’écrire – de réécrire – la structure ?

Autant de façons de répondre de l’énigme, là où elle nous convoque.

Samedi 31 mars 2012

9 h : Accueil

9 h 15 – 13 h
Nils Gascuel : Ouverture
Hélène Zarka : Quand la jouissance maternelle rend l’amour impossible
Élisabeth du Boucher-Lasry : Émergences de l’archaïque dans la cure : position de l’analyste
Solal Rabinovitch : S2 ou le poids de la duplicitéµ
Lis Haugaard : L’incorporation, une forme de refoulement originaire ?

14 h 30 – 18 h 30
Claude Garneau : L’enfant Moïse et son double
Dominique Noël : Eva dans la tourmente
Eduardo Vidal : La fonction du préconscient dans le refoulement originaire
Françoise Samson : Sur la margelle du puits
Thierry Longé : Un obscur souvenir

Dimanche 1 er avril 2012

9 h 30 – 13 h
Guy Lérès : « j’avais pourtant pensé… »
Annie Tardits : Une aussi pure absence ?
Marjolaine Hatzfeld : L’ Urverdrängt , au champ clos du désir
Claudie Frangne : L’ombilic et le signifiant phobique

14 h 30 – 18 h 30.
Claude Lemérer : L’alèthosphère, l’angoisse et le psychanalyste
Christian Centner : Le signifiant originel
Claus Dieter Rath : « Après nouvel examen »
Frédérique Saldès : Fin d’analyse et caractère

Ghislaine Capogna-Bardet : Clôture

Document de travail

Nous proposons de mettre au travail, au cours de ce colloque, la question du refoulement originaire à la fois dans la clinique et dans la structure : y a-t-il des difficultés ou impasses dans une cure dont pourrait rendre compte une certaine proximité avec le refoulement originaire ? Comment la clinique peut-elle éclairer certaines difficultés théoriques du concept de refoulement originaire, notamment celle de l’écart entre refoulement proprement dit et refoulement originaire ?

Le choix de ce thème s’inscrit dans le fil de plusieurs colloques précédents, où se succèdent « l’originaire », « la guérison », « la recherche », « l’insistance du réel », « l’écriture du symptôme », « Œdipe… ». Après « L’Expérience du savoir », il s’agit d’approcher cette année le « trou dans le savoir » par le bord de la clinique.

À la racine de notre condition de parlêtre, le refoulement originaire est ce autour de quoi s’organise l’inconscient, et se fonde le sujet.

Quand on pense au refoulement originaire, on se réfère le plus souvent à sa dimension spéculative, voire mythique, du côté de l’émergence du sujet et de la constitution de l’inconscient, donc de questions de structure. Est-ce qu’on en rencontre quelque chose dans les cures ? Comment, à quels moments y a-t-on accès ? Sous quelle forme rencontre-t-on dans les cures des moments d’émergence du sujet ?

Existe-t-il une clinique qui puisse rendre compte d’une proximité avec le refoulement originaire ? On pourrait y être confronté, pas seulement à propos de la psychose ou de l’autisme, mais dans toute cure, à certains moments et pas seulement en fin de cure.

Du côté de Freud

Freud pose l’hypothèse d’un refoulement originaire en 1915 : « […] Nous sommes donc fondés à admettre un refoulement originaire, une première phase du refoulement, qui consiste en ceci que la prise en charge dans le conscient est refusée à la représentance psychique (représentance de représentation) de la pulsion. Celle-ci s’accompagne d’une fixation ; la représentance concernée subsiste, à partir de là, sans modification possible et la pulsion demeure liée à elle. […] (1) ».

À partir de là le refoulement originaire attire à lui les refoulements secondaires (ou post-refoulements), mais lui-même doit être maintenu en permanence par le « contre-investissement qui a lieu dans le système préconscient » : « c’est lui [le contre-investissement] qui représente la dépense durable d’un refoulement originaire mais en garantit aussi la durabilité (2). »

Le refoulement originaire est maintenu par le seul mécanisme de contre-investissement qui le fait sans cesse consister. Que peut-on dire du mécanisme de contre-investissement, seul mécanisme intéressé au maintien du refoulement originaire ?

Ainsi le refoulement originaire est là, et reste actif tout le temps. C’est quelque chose qui est toujours là. Comment cette « actualité » du refoulement originaire se manifeste-t-elle dans la cure ? De quelle manière cela subsiste-t-il dans l’actuel ?

Du côté de Lacan

Lacan donne un ancrage logique au refoulement originaire a-temporel ; il l’aborde à maintes reprises, tout au long de son œuvre, et différemment selon les périodes .

Quelques indications : dans L’Angoisse, Lacan parle du « lieu de l’inhibition comme le lieu où, à proprement parler, le désir s’exerce, et où nous saisissons l’une des racines de ce que l’analyse désigne comme Urverdrängung »

Dans le séminaire Les quatre concepts…, c’est le signifiant binaire S2 qui est refoulé originairement.

Dans le séminaire Encore, le refoulé originaire concerne la jouissance maternelle

Le refoulement originaire est ensuite référé au trou du symbolique et aussi au symbolique comme trou.

À partir du séminaire RSI, Lacan travaille la question du refoulement primordial avec le nœud boroméen. Dans la séance du 8 avril 1975, Lacan lit dans l’aversion du sujet pour la topologie ou la mathésis la trace du refoulement originaire, et il ajoute : « refoulement premier irréductible qu’il s’agit de suivre à la trace justement. »

Manifestations dans la cure

Les traces primitives, traces éparses, chaotiques, qui peuvent surgir au cours d’une cure (ou hors cure) concernent le perçu d’avant l’entrée dans la parole ( infans ). Voici comment Freud évoque l’émergence dans la cure de « fragments de perçu » : « Ces souvenirs auraient pu être qualifiés d’hallucination si à leur netteté s’était ajoutée la croyance à leur actualité. Mais l’analogie gagna en significativité quand mon attention fut attirée par la présence occasionnelle de véritables hallucinations dans d’autres cas, des cas qui n’étaient certainement pas psychotiques. […] c’est peut-être un caractère général de l’hallucination jusqu’ici insuffisamment apprécié qu’en elle fasse retour quelque chose qui a été vécu dans les tout premiers temps, puis oublié, quelque chose que l’enfant a vu ou entendu à une époque où il était encore à peine capable de parler, et qui s’impose maintenant à la conscience, probablement de façon déformée et déplacée par l’effet des forces qui s’opposent à un tel retour (3). »

Avec les bribes d’entendu, de vu, de senti, on est dans la pulsion, et peut-être dans un rapport particulier à l’Autre, dit par Freud « préhistorique », en particulier, l’autre du soin, le Nebenmensch …

On peut donc supposer au début, un réel pulsionnel. On peut également supposer que les représentations de choses et les représentations de mots étaient non-distinguées au départ. Est-ce un corps non symbolisé, un corps hors signifiant, qui serait ici concerné ? Est-ce un corps dont il n’y aurait pas de traces dans l’inconscient langagier ?

Les traces primitives renvoient-elles seulement à un mode primordial d’inscription signifiante ? Y a-t-il un autre mode primitif d’inscription du perçu ? Est-ce lui qui fait retour sous forme de perçu halluciné ou de certains affects ? Comment penser cet autre mode en rapport avec l’Urverdrängung, la Verwerfung, la Verleugnung ? Avec la jouissance non symbolisable ? Avec la lettre ? Avec le réel de l’inconscient ?

Le réel de l’inconscient est-il cette part de l’inconscient qui n’est pas savoir mais réel, le non-symbolique de l’inconscient ?

Parce que le refoulement originaire doit toujours être maintenu, il y a toujours imminence d’une résurgence possible, d’un retour de jouissance possible qui peut générer effroi, angoisse, phobie, cauchemar…

Ainsi le déclenchement de la phobie de Hans pourrait être connecté au refoulement originaire (4) : Hans a fabriqué une phobie pour refouler la jouissance maternelle. Une « caresse en paroles » de son pénis, adressée par une femme à la mère devant l’enfant, a laissé la mère muette, et cela dans le temps où les soins corporels prodigués à sa petite sœur viennent réveiller ses propres traces inconscientes (5). La phobie du cheval n’est pas première, elle a d’abord pris la forme d’une phobie de l’espace. Le symbolique n’intervient que dans un deuxième temps, avec l’arrivée du signifiant phobique « cheval ».

D’où une question : en tant qu’il est lié au symbolique, comment le symptôme a-t-il affaire avec le réel de l’inconscient ?

Plus généralement, des manifestations d’ aphanisis du sujet, de Spaltung d’avec son être, qui peuvent apparaître dans la cure ou dans la passe, sont à référer au refoulement originaire et aux moments de bouleversement intime où la construction du sujet est mise en abyme.

Constructions et « construction » freudienne

Ce qui ne peut ni se déchiffrer ni s’interpréter, ne peut que se construire.

La « construction » freudienne, à laquelle participe autant le patient que l’analyste, peut produire un retour halluciné de souvenirs inconscients ; peut-elle aussi, en suppléant au symbolique, étayer le contre-investissement contre le retour du refoulé originaire ?

Quelle relation établir entre « la construction » et la « correction des processus à l’origine du refoulement », dont parle Freud dans « Analyse finie et infinie » ? Si l’on modifie les processus à l’origine du refoulement, qu’adviendra-t-il du refoulement secondaire (et du retour de ce refoulé dans le symptôme) et comment le refoulement originaire en sera-t-il affecté ?

Les constructions dans l’analyse, qui touchent au réel du sujet, ont-elles le même statut que la topologie au sens où s’en sert Lacan (ni métaphore ni modèle, mais réel de la structure) ?

Nous proposons, pour orienter le travail et les interventions attendues, quatre entrées.

1 – Le trauma
Si le trauma est blessure, trou, plutôt que choc, qu’est-ce qui fait trauma dans le traumatisme (6) ? Y a-t-il un trauma primordial qui pourrait nous apprendre quelque chose sur le refoulement originaire ?

2 – Les énigmes du maternel
La jouissance maternelle et le désir de la mère.
•  Clinique de l’autisme (où se pose la question de l’absence d’un refoulement originaire) ;
•  pratique psychanalytique avec les enfants (qui disent parfois : « et moi j’étais où ? ») ; problématique de la phobie ;
•  les douleurs d’exister.

3 – Les traces primitives
Question des représentations d’objet, du réel de l’inconscient et de la lalangue . Comment le passage des restes de la lalangue, comme traces d’entendu, dans la langue s’articule-t-il avec la présence, au cœur de l’inconscient, du refoulement originaire ?
Ici peut aussi se rouvrir le débat sur la Bejahung-Austoßung, ainsi que sur la contemporanéité de l‘Urverdrängung et de la Verwerfung .

4   À la limite du somatique et du psychique, les pulsions et leurs représentants : représentations et affects

L’affect, décharge de la pensée dans le corps, dit Lacan, attrape l’objet que rate la pulsion dans son trajet : angoisse, inhibition, engourdissement, effroi, stupeur, acédie…

Notes
(1) S. Freud, « Le refoulement », Métapsychologie (1915), Œuvres complètes, vol. XIII, PUF, pp. 193-194.
(2) S. Freud, « L’inconscient », Métapsychologie, ibidem, p. 222.
(3) S. Freud, « Constructions dans l’analyse » [1937], Œuvres complètes, vol. XX, pp. 70-71.
(3) Hypothèse amenée par A. Tardits, lors du séminaire Freud-Lacan et reprise par E. Leypold lors du colloque EPSF 2008, « Œdipe, une énigme moderne ».
(4) S. Freud, « Analyse de la phobie d’un garçon de cinq ans », Œuvres complètes, vol. IX, cf . pp. 20 et 100.
(6) Question du travail de recherche soutenu par E. D’Elia, E. Leypold, A. Tardits dans le séminaire « Qu’est-ce qui fait trauma ? ».

L’équipe d’organisation du colloque :
Colette Bigio,
Ghislaine Capogna-Bardet,
Christian Centner,
Nils Gascuel,
Solal Rabinovitch,
Marie-Jeanne Sala,
Dora Yankelevich-Szerman

Contact : gbardet@noos.fr

Eléments bibliographiques

– S. Freud, L’Esquisse, (1895), ed. Érès, 2011.
– S. Freud, Lettres à Wilhem Fliess (1887-1904) (lettre 112 alias 52, 6 déc. 1896), PUF, 2006.
–  S. Freud, L’interprétation des rêves, (1899-1900), ch. 7 (ombilic du rêve), Œuvres complètes, vol. IV.
– S. Freud, « Formulations sur les deux principes de l’advenir psychique » (1911), Œuvres complètes, vol. XI.
– S. Freud, « Le refoulement », Métapsychologie (1915), Œuvres complètes, vol. XIII.
– S. Freud, « L’inconscient», Métapsychologie, ibidem .
– S. Freud, « Notes sur le « bloc magique » (1925), Œuvres complètes, vol. XVII.
– S. Freud, « La négation » ((1925), ibidem .
– S. Freud, Inhibition, symptôme, angoisse (1926 ), ibidem .
– S. Freud, « Analyse finie, analyse infinie » (1937), Œuvres complètes, vol. XX.
– S. Freud, « Constructions dans l’analyse », (1937), ibidem .
– S. Ferenczi, Journal clinique (janvier-octobre 1932), Payot, 1985.
– J. Lacan : presque tous les séminaires.
– J. Lacan : « Subversion du désir… » Écrits, Seuil, 1966.
– J. Lacan : « Réponse au commentaire de J. Hyppolite », ibidem .
– J. Lacan : « La troisième ».
– J. Lacan : « Les concepts fondamentaux de la cure. Réponse de J. Lacan à une question de Marcel Ritter », « Journée des cartels », Lettres de l’École freudienne, n° 18, avril 1975
– J. Lacan : « Journée des cartels », séance de clôture », ibidem .
– J. Lacan, « Préface à l’édition anglaise du séminaire XI » (1976), Autres écrits, Seuil, 2001.

– F Balmès, Ce que Lacan dit de l’être, PUF, 1999.
– S. Rabinovitch, La forclusion, Enfermés dehors, Érès, 1998, coll. Scripta.
– Henri Rey-Flaud, L’enfant qui s’est arrêté au seuil du langage, Flammarion, Aubier, 2008.
– C. Soler, L’inconscient réinventé, PUF, 2009.
– D. W. Winnicott, « La crainte de l’effondrement », La crainte de l’effondrement et autres situations cliniques, Gallimard, 1989.
et sa reprise par:
– E. du Boucher, « Douleurs d’exister, douleurs existentielles », Carnets 79, janvier-mars 2011.

– L’originaire (actes du colloque EPSF 1996).
– L’insistance du réel (actes du colloque 2004), Erès, 2006.
– L’expérience du savoir (actes du colloque EPSF 2010 – à paraître).

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« La mer s’invente avec la barque » (Nâzim Hikmet)

Pratique de la cure, pratique de l’artiste, pratique scientifique, pratique de la lettre : chacune n’engage-t-elle pas l’expérience d’un bord différent du savoir ?
Le savoir auquel a affaire la pratique psychanalytique ne se saisit que dans l’expérience de la cure. L’éclaire-t-il, cette pratique qui n’a pas besoin d’être éclairée pour opérer, ou bien s’en déduit-il ?
Si nous ne mettons pas à l’horizon un Autre qui sait, d’où le savoir vient-il avant qu’il ne se sache ? Pour interroger l’expérience freudienne du savoir textuel, inconscient, ne faut-il pas s’attacher aux autres bords du savoir : le savoir « référentiel » où la théorie est mise en réserve pour rester soumise aux faits, et le savoir inédit qui attrape le connu par l’inconnu et le visible par l’invisible ?
Point besoin de savoir que l’on sait pour jouir de ce savoir, qu’il soit supposé ou originaire. Mais une faille au cœur du savoir indique que des négations l’affectent ; l’inconsistance de la vérité et l’impossible d’un savoir peuvent affecter le sujet dans son être : à ce point de l’expérience, du savoir peut s’inventer.
Dans les autres champs, art, science ou littérature, le savoir s’invente aussi du réel. Savoir vivant que disperse le réel, il est autre chose qu’un savoir mis en Somme ou distribué en produits de connaissance. De quel réel le savoir psychanalytique vient-il s’inventer ?

Intervenants

Jean François : Ouverture
Christian Centner : « Apprendre à lire »
Marie-Christine Hamon : « Dérives, errances, trouvailles : la liberté des pionniers »
Claudie Frangne : « L’invention à la marge : du Freud des Minutes au Saussure des Anagrammes »
Charles Nawawi : « Lascia le donne e studia la matematica »
Françoise Samson : « Sous la dictée de l’inconscient »
Claude Garneau : « La statue et le corps de lettre »
Jean-Guy Godin : « Quelques conditions et limites à la praxis psychanalytique »
Jean-Baptiste Beaufils : « Le cartouche : une origine muette »
Françoise Delbos : » Le style, entre faire savoir et savoir faire : une question d’adresse »
André Lacaux : Expérience littéraire et savoir analytique
Nils Gascuel : Le savoir de l’œil
Bertrand-François Gérard : Entre l’art et la science, l’antre du sujet
Annie Tardits : Ces savoirs qui nous affectent
Eduardo Vidal : L’inconscient, modes d’existence
Sylvain Gross : Georges Bataille : de l’expérience intérieure au système du non-savoir
Brigitte Lemérer : Ce trou qu’on ne peut pas savoir
Solal Rabinovitch : Clôture

Les psychanalystes, à la suite de Freud, ont continué d’élaborer la crise œdipienne que traverse l’enfant, crise où convergent les questions de l’identification sexuée, du « mouvement tangentiel vers l’inceste », de la castration symbolique… Il s’agissait d’éclairer aussi comment ce drame structurant pouvait devenir pathogène, « complexe nucléaire des névroses ». Après avoir été objet de scandale, « l’œdipe » a infiltré, voire cautionné, l’idéologie qui couvrait une certaine configuration de la famille. Pendant quelques décennies, les analystes ont paradoxalement trouvé un confort dans cette collusion.
Certains faits sociaux et des changements idéologiques donnent parfois à penser que « l’œdipe » est dépassé : la manipulation technique du réel biologique de la reproduction sexuée, disjointe ainsi de la parenté et de la rencontre charnelle entre partenaires sexuels, la remise en question des identifications sexuées, voire de la différence des sexes…
La fin de la congruence entre l’idéologie œdipienne et la dimension structurante de l’Œdipe peut produire un désarroi et conduire les analystes à le laisser tomber, comme l’enfant devant l’absence de réponse à sa recherche d’un savoir sur le sexuel peut succomber, quelquefois à jamais, à une inhibition de la pensée.
Mais la fin de cette collusion peut être l’occasion de réveiller quelques énigmes du parlêtre que condense Œdipe, énigmes ranimées par ce qui se transforme sous nos yeux et dont nous sommes témoins dans les cures — ainsi l’énigme du corps parlant et sexué.

Intervenants

Éric Castagnetti : Ouverture
Christian Centner : Et si l’Œdipe ne tenait plus l’affiche…
Sylvain Gross : Les nouveaux complexes familiaux
Élisabeth du Boucher-Lasry : Les enjeux symboliques de la Procréation Médicalement Assistée
Hector Yankelevich : De l’Œdipe à une logique modale de la jouissance
Eduardo Vidal (rapporteur), Juan Carlos Cosentino, Nelida Halfón : Refente du sujet et castration
Élisabeth Leypold : L’inceste et ses paradoxes
Claude Garneau : Au carrefour des chemins, la naissance d’un sujet
Jean-Pierre Baud : Les créatures humaines du droit
Marie-Laure Susini : Des mères accusées d’inceste
Solal Rabinovitch : La jouissance maternelle, une forme cachée de l’abandon
Joséphine Roques : Un trop fameux ravage
Dominique Janin : L’étranger, une étrange façon de sortir de l’Œdipe
Marie-Christine Hamon : Qu’est devenu le préœdipe ?
Roland Meyer : L’Œdipe erre…
Gilbert Hubé : Le non qu’elle porte
Marjolaine Hatzfeld : Un symbole coriace dans la psychanalyse : le phallus
Annie Tardits : La différence, un enjeu de l’Œdipe
Élisabeth Leypold : Clôture

Le symptôme est ce qui vient du réel. Ainsi ce colloque est-il la suite logique de celui de 2004  « L’insistance du réel ».
Le premier mouvement de la cure analytique est une mise en forme des symptômes qui constituent la plainte de ceux qui s’adressent à un analyste. Cette plainte exprime l’impuissance à se conformer à cet être social que le discours courant fait miroiter comme bonheur. Quelque chose se met en travers : le  « pas de rapport sexuel » autour duquel se structure le symptôme comme nœud de signifiants, particulier à chacun. Cette mise en forme consiste en une réduction des symptômes au symptôme, voire, dans le cas où la cure est  « poussée au point qui en figure la finitude » , à son épure que Lacan nomme sinthome.
Qu’est-ce que le symptôme analytique, à quelles théories du symptôme l’analyste se réfère-t-il, comment l’analyste s’y prend-il aujourd’hui pour que  « le réel du symptôme en crève » ? Quel sens peut-on donner à la dernière théorie de Lacan de la fin de l’analyse comme  « identification au symptôme » ? Telles sont quelques unes des questions que nous pose la pratique de la psychanalyse.
La visée de la cure analytique est-elle infléchie par la transformation ultra-libérale du capitalisme, par une modification interne au discours du Maître ? Celles-ci auraient comme conséquence de distendre le lien du sujet au signifiant, de relâcher le rapport du sujet au signifiant, ce dernier perdant ainsi de son impératif. Ce relâchement du symbolique ferait que les signifiants ne sont plus en mesure d’arrimer suffisamment le sujet et de nouer la pulsion, le condamnant à l’errance et à une jouissance mortifère. Notre pratique vérifie-t-elle cette hypothèse ?
L’analyste dépend du réel et vient en tant qu’adresse compléter le symptôme : c’est à la fois la spécificité de sa position et son mode d’opération. L’abolition du sens dans l’équivoque, ressort de l’interprétation, porte sur le signifiant et constitue ce qui peut faire reculer le champ du symptôme, le réduire. En cela l’interprétation est leWitz au sens de Freud.
Quelle place prend dans le repérage de l’analyse et dans la pratique de l’analyste la topologie du nœud borroméen ? Si le mode de présence de l’analyste ne s’appréhende que dans le registre du symbolique, ne mobilise-t-il pas aussi celui de l’imaginaire et celui du réel ?

Intervenants

L’analyste et le symptôme
Charles Nawawi : Ouverture
Marie-Claire Boons-Grafé : À condition de s’en servir
Éliane Lehman : L’encre du symptôme
Élisabeth du Boucher-Lasry : L’écriture du corps
Claus Dieter Rath : Du fauteuil au divan
Élisabeth Leypold : Surmoi et fin de cure
Olivier Grignon : La psychanalyse, c’est le traitement attendu d’un psychanalyste
Frédérique Saldès :  » Construction en analyse  »
Françoise Samson : Faire semblant d’objet  » a  »
Eduardo Vidal : L’écriture du phallus comme mise à plat

Symptôme et structure
Isabelle Floc’h : Insistance du symptôme et de la structure : l’enjeu même de la clinique
Claude Lemérer : La psychanalyse n’évangélise pas
Marie-Ange Baudot : Des effacements à écrire, à inscrire
Hector Yankelevich : Forclusions du Nom du père, rejets du Phallus
Annie Staricky : Le symptôme comme écriture
Jean-Claude Fauvin : Les non-analystes et le discours analytique
Christian Centner : Pourquoi errer dans un ordre de fer ?
Jean-Guy Godin : Symptôme et clinique
Annie Tardits : Clôture

Les actes du colloque ont été publiés dans un numéro spécial des Carnets (février 2008)

– « Tout dépend de si le réel insiste ». Tout quoi ? Notre avenir, celui de la psychanalyse, celui du discours du maître, celui de la « civilisation ». C’est ce qu’avance Lacan en 1974 dans « La troisième ». « Insistance du Réel » renomme le symptôme, qu’il soit analytique ou social, jadis assigné à l’insistance de la vérité dans le symbolique. Ce nouvel abord du réel ainsi introduit par Lacan avec le noeud borroméen à partir de l’expérience analytique, en rupture avec toute position philosophique antérieure, ne contredit pas seulement la bonne marche des choses selon le discours du maître. En tant que le réel est ce qui ne va pas, il exclut qu’on puisse être « pour », ou que le salut puisse être de le reconnaître et d’y consentir, voie de toutes les sagesses qui n’est pas étrangère au rapport freudien à la réalité. Notre clinique et notre pratique ont-elles pris la mesure de cette nouvelle donne ? Une ironie essentielle marque dès lors la position de l’analyste, assigné à « contrer le réel » du symptôme : la survie de la psychanalyse, elle-même symptôme du réel, dépend de l’insistance du réel. Ainsi du réel l’analyste ne saurait être le partisan, et pourtant il a partie liée avec lui. L’avenir de la psychanalyse, aujourd’hui, on s’en occupe. Le discours du maître du temps de la mondialisation s’emploie à la réduire par mise aux normes de notre avenir de marchés communs. Il serait téméraire de s’en remettre, dans un acte de foi, à la seule insistance du réel pour assurer notre survie. La psychanalyse peut aussi disparaître sans que ce soit pour avoir réussi à  « nous débarrasser du réel » , menace qui n’est pas la plus prochaine. Le symptôme a-t-il changé comme on le dit beaucoup ? Les prophéties de « La troisième » se réalisent sous des formes imprévues. La religion flambe, mais pas spécialement celle que Lacan dit être « la vraie ». La conjonction du discours de la science et du discours capitaliste déplace les limites du réel biologique dont le chiffrage est au fondement de l’inconscient : la vie, la mort, la reproduction sexuée, l’individu, et les formes sociales où ils se symbolisaient. Comment l’analyste s’y prend-il pour rejoindre la subjectivité de son époque ?

Intervenants

Joséphine Roques : Le père voilé
Charles Nawawi : Contrer le réel ?
Christian Centner : Le réel qui se fait jour dans le langage
Hector Yankelevich : Le réel, l’irréel, le corps, l’incorporel
Sophie Aouillé : En temps réel
Marie-Laure Susini : Le public de Sade et l’escamotage du réel
Jean-Pierre Thomasset : Contrer le réel aussi hors cure
Brigitte Lemérer : L’encombrement du réel
Isabelle Floc’h : Réinjecter Irma
Elisabeth du Boucher-Lasry : Le psychanalyste, le patient et la mort
Jean-Guy Godin : Pratique de l’analyse et symptôme
Solal Rabinovitch: Une pratique du réel
Anne-Lise Stern :Hameçon

Moustapha Safouan : Pourquoi définir le réel ?
J.-M Vappereau : La deuxième
Annie Tardits : La realisation de l’homme comme individu

Les actes du colloque ont été publiés chez Erès, Collection Scripta.

– Les travaux dans l’École sur « les formations du psychanalyste », l’exigence faite actuellement aux psychanalystes d’affirmer les spécificités de l’acte psychanalytique, de la position du psychanalyste et des conditions de l’exercice de cette « profession profane », le colloque précédent sur les Versions de la guérison, conduisent à aborder un autre versant du psychanalyser en le prenant cette fois par le fil de la recherche. « Il y a eu en psychanalyse dès le début une étroite union de la cure et de la recherche…Notre procédé analytique est le seul dans lequel cette précieuse conjonction est conservée….Cette perspective de gain scientifique était l’aspect le plus noble, le plus réjouissant du travail analytique ; avons-nous le droit de la sacrifier à telle ou telle considération pratique ? » (S. Freud, « Postface », dans La question de l’analyse profane, Paris, Gallimard, NRF, 1985, p. 150). Le colloque est centré sur cette question : qu’est-ce que « chercher » dans le champ analytique ? Pourquoi, comment chercher ? Qu’est-ce qui spécifie chercher en psychanalyse ? Entre expérience et élaboration, entre trouver — retrouvaille de l’objet ? — et inventer  — reconstruire un savoir inconscient ?, border le trou du réel ? — entre répéter et s’autoriser, entre l’objet et la lettre, entre Réel et Symbolique … qu’est-ce qui pousse à chercher ? Comment en rendre compte ? Il s’agira de tenter de dire, de montrer en acte, et d’analyser, de dé-montrer, dans tel travail de recherche, dans telle élaboration analytique, dans tel travail de cartel, dans telle cure, dans telle passe…ce qu’est ce pousse-à-chercher.

Argument : La psychanalyse aurait-elle atteint ses limites grâce à une formalisation qui fonderait son exercice et sa transmission ? Freud assigne à chaque cure deux tâches conjointes, soigner et chercher ; Lacan ajoute que chaque psychanalyste est forcé de réinventer la psychanalyse. Poser l’inconscient met en oeuvre dans la cure, avec l’association libre et l’attention flottante, une méthode singulière d’investigation qui oriente la recherche et fraie les voies de l’invention signifiante du sujet dans sa rencontre avec le réel. Cela ne va pas sans résistances du sujet, qui ne veut rien savoir de son impossible rapport avec le sexuel et préfère supposer le savoir qu’il y aurait de ce rapport. Poser l’inconscient nécessite donc que l’analyste, en se faisant cause du désir de l’analysant, donne une chance au sujet de chercher et d’inventer. L’inconscient détermine un insu irréductible au coeur du savoir : inventer et réinventer deviennent dès lors passage obligé pour le désir de l’analyste et pour son acte. La fabrique d’une théorie qui inclut un manque impose une méthode, une position subjective, un style de recherche. Est-ce ce qui, au regard d’autres disciplines, spécifie la praxis analytique de la théorie ?

Intervenants

Elisabeth du Boucher-Lasry : A propos de la séduction infantile, recherche à partir d’une cure
Jean Guir : La recherche en psychosomatique, nouvelles perspectives
Jean-Baptiste Beaufils : « Parler à un chien habillé »
Claude Lemérer : « L’imagination créatrice » et l’enthousiasme
Arlete Garcia : Se nommer autrement
Diana Mariscal : Une invention dans la cure
Françoise Samson : Freud, Ferenczi : une recherche, deux styles
Sophie Aouillé : Apprendre à inventer ?
Guy Lérès : Ta cache savoir
Christian Centner : Le frayage et le cheminement
Jean François : L’invention du borroméen
Jacques Le Brun : Imago, un laboratoire pour la science des religions ?
Jacques Aubert : L’invention de la vraie épiphanie
François Balmès : Quelle recherche pour une pratique de bavardage ?
Michel Plon : Une place introuvable
Annie Tardits : Une recherche de Theodor Reik
Brigitte Lemérer : Négligences.

Les actes du colloque ont été publiés chez Erès, Collection Scripta exercices.

La demande de guérison porte avec elle lidée d’une restauration de l’état antérieur à la maladie et l’espoir d’une conformité à quelque fonctionnement idéal. En rendant, même partiellement, cette restauration possible, les progrès de la science créent une exigence qui rend tout écart, tout symptôme, toute souffrance intolérables, nie l’histoire et les altérations qu’elle produit, méconnaît l’impossible constitutif de l’humain. La réaction thérapeutique négative, quand la disparition du symptôme qui permet de vivre est appréhendée comme un danger, et la tentative de guérison qu’est le délire contredisent cette exigence et révèlent cet impossible. En complétant le symptôme par le détour paradoxal de la névrose de transfert, en permettant que se dise la vérité en souffrance du désir inconscient, en reconnaissant l’impossible, une psychanalyse permet-elle d’autres versions de la guérison ?

Intervenants

Sylvain Gross : Le marché de la guérison
Erik Porge : Entre tentative et tentation de guérir. A partir du transsexualisme
Solal Rabinovitch : La guérison comme cicatrice
Jean Guir : Problématique de la « guérison » chez des patients atteints de troubles organiques
Elisabeth du Boucher-Lasry : De la « guérison » d’un cas d’asthme sévère; implication du nom propre
François Balmès : Vérité et guérison
Bernard Forthomme : La guérison comme purification.
Freddy Doussot : En quoi la psychanalyse ne serait-elle pas une psychothérapie ?
Bernard de Goeje : De la pulsion au fantasme.
Patrick Valas : Alice au pays des Vermeils.
Elisabeth Leypold : La réaction thérapeutique négative
Jean-Guy Godin : Les obstacles au traitement
Paul Alerini : La question de la guérison à la lumière de l’expérience de la passe
Marie-Claire Boons-Grafé : De la « guérison psychanalytique »

Les actes du colloque n’ont pas été publiés. En revanche, certaines interventions faites lors de ces journées de travail ont été publiées dans les Carnets.

« L’expérience du savoir a été publié dans les Carnets »

Rencontres

Clôture de la rencontre du 3 octobre 2015 à Athènes, organisée par Séminaires psychanalytiques et l’EpSF : Autour de RSI

Marie Jeanne Sala

Aujourd’hui, avec l’atelier de topologie nous avons suivi la double recommandation de Lacan. La première, « Il faut un109px-Cycladic_female_figurine_1 peu de bêtise ». J’espère que nous n’en avons pas manqué, que nous avons été suffisamment bêtes et qu’en usant ainsi bêtement du nœud, nous en avons été davantage dupes (1), promesse lacanienne de moins errer.

La seconde recommandation de Lacan que nous avons mise en pratique dans l’atelier, la voici : « […] à manipuler ce petit nœud, vous vous familiariserez, au moins avec vos mains, avec ce quelque chose auquel de toute façon vous ne pouvez rien comprendre, puisqu’il est tout à fait exclu que ce nœud, vous le sachiez (2) ».
Si le nœud échappe au savoir, il existe pourtant un savoir du geste de la main, du corps, celui-là même cher aux tisserands et autres fileuses, avec lequel on peut manipuler le nœud, le faire, le défaire et le refaire. Entre-temps nous aurons constaté nos oublis ; le nœud comme ce qui ne cesse pas de s’oublier, de s’effacer, est toujours à retrouver. Mais, avant même d’en arriver à pouvoir oublier le nœud, il nous aura fallu au préalable surmonter notre inhibition, encore affaire de corps, voire notre aversion pour lui. Si l’oubli joue de proximité avec le refoulé dit secondaire, ce refoulement de tous les jours, l’aversion pour le nœud entretient, elle, le rapport le plus étroit avec le refoulé originaire nous dit Lacan.

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Une fois le nœud fabriqué dans l’atelier, nous avons, d’un autre geste de la main, dessiné le nœud dans sa mise à plat. Autrement dit nous l’avons écrit et, une fois écrit, nous avons pu le lire.
On peut aussi se demander à quel type de savoir nous avons affaire en maniant le nœud. D’être une « écriture qui supporte un Réel»(3) , le nœud trimballe forcément du savoir puisque selon la vieille histoire il y a du savoir dans le réel.

L’atelier de topologie n’aura pas fait de nous des artisans du nœud borroméen. Parce qu’à suivre Lacan, il n’y a pas de Réel dans le savoir de l’artisan : « Quand je pose la question s’il y a du savoir dans le Réel, c’est précisément pour exclure de ce Réel ce qu’il en est du savoir de l’artisan. Non seulement le savoir de l’artisan ne cause pas, mais c’est exactement cet ordre de savoir auquel l’artisan sert parce qu’un autre artisan lui a appris à faire comme ça (4). ».
Dans l’atelier de topologie nous avons causé et même pas mal puisque nous avons causé à la mesure de nos maladresses et autres ratages. Nous y avons fait cette expérience qu’il est impossible d’apprendre le nœud d’un autre, nous en fournirait-il le mode d’emploi, pour ne pas dire le modèle, terme dont on sait que Lacan le répudie pour le nœud.
Aujourd’hui il a été question de topologie et de pratique et de clinique. La topologie pas sans la pratique clinique, c’est elle qui est première, qui produit le nœud. Telle est la démarche de Lacan : le nœud sort de la pratique, il le produit, dit-il, pour rendre raison de sa pratique, une pratique dont l’acte consiste à fabriquer des nouages pour un sujet. « C’est de l’expérience analytique [que le nœud] rend compte, et c’est en cela qu’est son prix. (5)» A entendre ce qui s’est dit aujourd’hui, il est apparu que si le nœud« on le trouve déjà fait (6).
Comme le rond est équivalent à la droite infinie, comme le sujet est équivalent au point de serrage entre les trois points triples du noeud, il existe une concordance entre cette écriture qui supporte un réel qu’est le nœud et la clinique qui est, rappelons-le, « le réel en tant qu’il est l’impossible à supporter » (7), il n’en demeure pas moins flexible, les renouages restent possibles ; c’est en ça que la topologie, de relever du malléable et du déformable, peut être un outil particulièrement
opérant pour articuler la pratique clinique.Grâce au nœud on peut lire les nouages ou bien justement l’absence de nouages ou encore certaines mises en continuité des catégories que l’acte analytique, en opérant coupures, raboutages et autres épissures peut permettre de renouer autrement.
Car R, S et I ne sont pas toujours noués borroméennement et dans ce cas le recours au 4ème rond peut s’avérer utile pour rétablir le caractère borroméen du nœud. C’est avec ce 4ème rond qui préexiste chez Freud sous la forme de la réalité psychique (la mentalité, le rêve, le fantasme) que Freud peut attraper dans sa clinique avec un sujet paranoïaque
comment un rêve repris dans la cure vient corriger le délire. Le même nouage par le rêve a lieu pour la patiente qui a « trop de corps ». Le rêve, mais aussi bien l’écriture de fiction de Virginia Woolf, font de la réalité à partir du Réel. Que ce brin de Réel comporte les signifiants
déchaînés du délire ou ceux qui peuvent apparaître parfois dans la fiction de Woolf ou encore les traumatismes que l’écrivaine appelle des chocs, ces points de réel-là vont être réintégrés, ré-arrimés au symbolique et permettre ainsi un autre accrochage avec l’imaginaire. Avec ce Réel dénoué du Symbolique et de l’Imaginaire, chacune fabrique de la réalité (le rêve ou la fiction), chacune se sert de ce quatrième rond pour confectionner une doublure au Réel, qui vient réparer le caractère borroméen du nœud, par le jeu de passer
dessous le rond du Réel qui est dessous, et de passer dessus le rond du Symbolique qui est dessus, en crochetant au passage l’Imaginaire et permettre par là un nouveau mode d’accrochage du corps. Avec de l’impossible, à partir d’un peu de réel, chacune a ainsi pu confectionner du possible.
D’autres Noms-du-père peuvent venir jouer le rôle du 4ème rond, y compris R, S et I eux-mêmes, mais nous venons là de repasser au nœud borroméen à trois, celui qui implicite du quatre dans le trois. Le  séminaire se terminera en revenant une nouvelle fois au nœud borroméen à quatre, celui qui, cette fois, de supporter les trois nominations selon la place que ce quart élément occupe, explicite en lisant et en nommant le nouage borroméen du sujet. C’est le mouvement du séminaire qui nous a été déplié ce matin. D’autres Noms-du-père peuvent venir jouer le rôle du 4ème rond, avons-nous vu cet après-midi. Ainsi des nombreuses tentatives amoureuses réitérées de la patiente au « trop de corps » pour aspirer à fabriquer un ou des Noms-du-père. En revanche, pas d’affect, pas d’amour pour Stephen Dedalus. Le Nom-du-père de ne pas faire boucle autour de RSI, ne permet pas l’amour. Pourquoi n’y a-t-il pas d’amour sans Nom-du-père ? Pour tenter d’y répondre, nous avons dû remonter les sentiers qui mènent à « l’expression la plus précoce d’une liaison affective», soit l’identification, nous dit Freud. La triple identification freudienne constitutive du sujet, Lacan ne pouvait faire autrement que de la reporter sur le nœud borroméen à trois. L’amour – qui n’a rien à voir avec le rapport sexuel, qui n’a rien à voir avec le deux du couple – a toute sa place dans le nouage borroméen qui n’ex-siste que de commencer à trois. Mais où le situer ? Sur le quatrième terme en tant qu’il en serait une nomination symbolique ? Mais nous voilà déjà arrivés à la fin de RSI. Parvenus au terme de cette journée, peut-être pourrions-nous la ré-intituler RSI, de l’hérésie au récit ; de l’hérésie de ceux qui s’écartent des dogmes des religions de la trinité au récit du sujet que dit son RSI, récit étant ici à entendre, comme il nous l’a été expliqué ce matin, au sens que lui attribuait Sophocle, celui de la tragédie du sujet. Mais nous avions pensé intituler cette journée : Autour de RSI. Tourner autour de RSI comme on tournerait autour du pot, comme on ferait un détour, par peur de trop s’approcher et craindre d’être happé par ce trou dans le trou du symbolique du noeud qu’est l’Urverdrängt ? Ou bien Autour de RSI comme le rond quatrième fait une doublure au Réel pour venir faufiler R, S et I, que ce quatrième rond s’appelle le rêve, l’écriture de la fiction ou autre Nom-du-père nommant ou supportant quelque amour ?
Nous avons aussi choisi le terme de Rencontre pour cette journée. L’écriture au singulier à laquelle nous avons tenu figure une rencontre, au sens que Lacan lui donne dans ce séminaire « quelque chose qui vous vient de vous (8). ». Une heureuse surprise d’avec les textes des collègues grecs que nous avions sollicités il y a trois ans qui a permis que la rencontre se poursuive jusqu’à ce jour. Une rencontre qui ne date pas d’hier comme la bonne fée de la mémoire d’Andromaque vient de nous en faire le récit.

1 J. Lacan, RSI, séance du17 décembre 74, séminaire inédit.

2 Ibidem, séance du 14 janvier 75

3Ibidem, 17 décembre 74

4 J. Lacan, Les non-dupes errent, 23 avril 74, séminaire inédit.

5 J. Lacan, RSI, séance du 17 décembre 1974, séminaire inédit.
6 Ibidem, séance du 15 avril 75
7 J. Lacan, Ouverture de la section clinique, Ornicar ?, n° 9, 1977.

8 J. Lacan, RSI, séance du 11 février 1975, séminaire inédit

Autour de la perversion

L’École de psychanalyse Sigmund Freud et l’Association Freud-Lacan Gesellschaft de Berlin,  le 9 avril 2016

Matinée de 9h30  à 12h30

  • Jean-Guy Godin : Willkommen
  • Alejandra Barron :  Le piège à désirs
  • Hubert de Novion :« La perversion, c’est normal. »
  • Claus Dieter Rath : Perversion et sublimation

Après-midi de 14h à 18h

  • Jean-Guy Godin et Françoise Samson : Objet et perversion
  • Jeanne Drevet : Quand les désirs deviennent des droits : l’état civil comme fétiche à l’état civil comme symptôme
  • Georgette Schlosseler : Souffrance/jouissance – manque/plénitude

A  l’Association du Quartier Notre-Dame-des Champs, 92bis, boulevard du Montparnasse, 75014, Salle 115, 1er étage.