Archives

L’expérience du savoir (mars 2010)

« La mer s’invente avec la barque » (Nâzim Hikmet)

Pratique de la cure, pratique de l’artiste, pratique scientifique, pratique de la lettre : chacune n’engage-t-elle pas l’expérience d’un bord différent du savoir ?
Le savoir auquel a affaire la pratique psychanalytique ne se saisit que dans l’expérience de la cure. L’éclaire-t-il, cette pratique qui n’a pas besoin d’être éclairée pour opérer, ou bien s’en déduit-il ?
Si nous ne mettons pas à l’horizon un Autre qui sait, d’où le savoir vient-il avant qu’il ne se sache ? Pour interroger l’expérience freudienne du savoir textuel, inconscient, ne faut-il pas s’attacher aux autres bords du savoir : le savoir « référentiel » où la théorie est mise en réserve pour rester soumise aux faits, et le savoir inédit qui attrape le connu par l’inconnu et le visible par l’invisible ?
Point besoin de savoir que l’on sait pour jouir de ce savoir, qu’il soit supposé ou originaire. Mais une faille au cœur du savoir indique que des négations l’affectent ; l’inconsistance de la vérité et l’impossible d’un savoir peuvent affecter le sujet dans son être : à ce point de l’expérience, du savoir peut s’inventer.
Dans les autres champs, art, science ou littérature, le savoir s’invente aussi du réel. Savoir vivant que disperse le réel, il est autre chose qu’un savoir mis en Somme ou distribué en produits de connaissance. De quel réel le savoir psychanalytique vient-il s’inventer ?

Jean François : Ouverture
Christian Centner : « Apprendre à lire »
Marie-Christine Hamon : « Dérives, errances, trouvailles : la liberté des pionniers »
Claudie Frangne : « L’invention à la marge : du Freud des Minutes au Saussure des Anagrammes »
Charles Nawawi : « Lascia le donne e studia la matematica »
Françoise Samson : « Sous la dictée de l’inconscient »
Claude Garneau : « La statue et le corps de lettre »
Jean-Guy Godin : « Quelques conditions et limites à la praxis psychanalytique »
Jean-Baptiste Beaufils : « Le cartouche : une origine muette »
Françoise Delbos : » Le style, entre faire savoir et savoir faire : une question d’adresse »
André Lacaux : Expérience littéraire et savoir analytique
Nils Gascuel : Le savoir de l’œil
Bertrand-François Gérard : Entre l’art et la science, l’antre du sujet
Annie Tardits : Ces savoirs qui nous affectent
Eduardo Vidal : L’inconscient, modes d’existence
Sylvain Gross : Georges Bataille : de l’expérience intérieure au système du non-savoir
Brigitte Lemérer : Ce trou qu’on ne peut pas savoir
Solal Rabinovitch : Clôture


Œdipe, une énigme moderne (avril 2008)

Les psychanalystes, à la suite de Freud, ont continué d’élaborer la crise œdipienne que traverse l’enfant, crise où convergent les questions de l’identification sexuée, du « mouvement tangentiel vers l’inceste », de la castration symbolique… Il s’agissait d’éclairer aussi comment ce drame structurant pouvait devenir pathogène, « complexe nucléaire des névroses ». Après avoir été objet de scandale, « l’œdipe » a infiltré, voire cautionné, l’idéologie qui couvrait une certaine configuration de la famille. Pendant quelques décennies, les analystes ont paradoxalement trouvé un confort dans cette collusion.
Certains faits sociaux et des changements idéologiques donnent parfois à penser que « l’œdipe » est dépassé : la manipulation technique du réel biologique de la reproduction sexuée, disjointe ainsi de la parenté et de la rencontre charnelle entre partenaires sexuels, la remise en question des identifications sexuées, voire de la différence des sexes…
La fin de la congruence entre l’idéologie œdipienne et la dimension structurante de l’Œdipe peut produire un désarroi et conduire les analystes à le laisser tomber, comme l’enfant devant l’absence de réponse à sa recherche d’un savoir sur le sexuel peut succomber, quelquefois à jamais, à une inhibition de la pensée.
Mais la fin de cette collusion peut être l’occasion de réveiller quelques énigmes du parlêtre que condense Œdipe, énigmes ranimées par ce qui se transforme sous nos yeux et dont nous sommes témoins dans les cures — ainsi l’énigme du corps parlant et sexué.

Éric Castagnetti : Ouverture
Christian Centner : Et si l’Œdipe ne tenait plus l’affiche…
Sylvain Gross : Les nouveaux complexes familiaux
Élisabeth du Boucher-Lasry : Les enjeux symboliques de la Procréation Médicalement Assistée
Hector Yankelevich : De l’Œdipe à une logique modale de la jouissance
Eduardo Vidal (rapporteur), Juan Carlos Cosentino, Nelida Halfón : Refente du sujet et castration
Élisabeth Leypold : L’inceste et ses paradoxes
Claude Garneau : Au carrefour des chemins, la naissance d’un sujet
Jean-Pierre Baud : Les créatures humaines du droit
Marie-Laure Susini : Des mères accusées d’inceste
Solal Rabinovitch : La jouissance maternelle, une forme cachée de l’abandon
Joséphine Roques : Un trop fameux ravage
Dominique Janin : L’étranger, une étrange façon de sortir de l’Œdipe
Marie-Christine Hamon : Qu’est devenu le préœdipe ?
Roland Meyer : L’Œdipe erre…
Gilbert Hubé : Le non qu’elle porte
Marjolaine Hatzfeld : Un symbole coriace dans la psychanalyse : le phallus
Annie Tardits : La différence, un enjeu de l’Œdipe
Élisabeth Leypold : Clôture


Écritures du symptôme dans la cure analytique (avril 2006)

Le symptôme est ce qui vient du réel. Ainsi ce colloque est-il la suite logique de celui de 2004  « L’insistance du réel ».
Le premier mouvement de la cure analytique est une mise en forme des symptômes qui constituent la plainte de ceux qui s’adressent à un analyste. Cette plainte exprime l’impuissance à se conformer à cet être social que le discours courant fait miroiter comme bonheur. Quelque chose se met en travers : le  « pas de rapport sexuel » autour duquel se structure le symptôme comme nœud de signifiants, particulier à chacun. Cette mise en forme consiste en une réduction des symptômes au symptôme, voire, dans le cas où la cure est  « poussée au point qui en figure la finitude » , à son épure que Lacan nomme sinthome.
Qu’est-ce que le symptôme analytique, à quelles théories du symptôme l’analyste se réfère-t-il, comment l’analyste s’y prend-il aujourd’hui pour que  « le réel du symptôme en crève » ? Quel sens peut-on donner à la dernière théorie de Lacan de la fin de l’analyse comme  « identification au symptôme » ? Telles sont quelques unes des questions que nous pose la pratique de la psychanalyse.
La visée de la cure analytique est-elle infléchie par la transformation ultra-libérale du capitalisme, par une modification interne au discours du Maître ? Celles-ci auraient comme conséquence de distendre le lien du sujet au signifiant, de relâcher le rapport du sujet au signifiant, ce dernier perdant ainsi de son impératif. Ce relâchement du symbolique ferait que les signifiants ne sont plus en mesure d’arrimer suffisamment le sujet et de nouer la pulsion, le condamnant à l’errance et à une jouissance mortifère. Notre pratique vérifie-t-elle cette hypothèse ?
L’analyste dépend du réel et vient en tant qu’adresse compléter le symptôme : c’est à la fois la spécificité de sa position et son mode d’opération. L’abolition du sens dans l’équivoque, ressort de l’interprétation, porte sur le signifiant et constitue ce qui peut faire reculer le champ du symptôme, le réduire. En cela l’interprétation est leWitz au sens de Freud.
Quelle place prend dans le repérage de l’analyse et dans la pratique de l’analyste la topologie du nœud borroméen ? Si le mode de présence de l’analyste ne s’appréhende que dans le registre du symbolique, ne mobilise-t-il pas aussi celui de l’imaginaire et celui du réel ?

L’analyste et le symptôme
Charles Nawawi : Ouverture
Marie-Claire Boons-Grafé : À condition de s’en servir
Éliane Lehman : L’encre du symptôme
Élisabeth du Boucher-Lasry : L’écriture du corps
Claus Dieter Rath : Du fauteuil au divan
Élisabeth Leypold : Surmoi et fin de cure
Olivier Grignon : La psychanalyse, c’est le traitement attendu d’un psychanalyste
Frédérique Saldès :  » Construction en analyse  »
Françoise Samson : Faire semblant d’objet  » a  »
Eduardo Vidal : L’écriture du phallus comme mise à plat

Symptôme et structure
Isabelle Floc’h : Insistance du symptôme et de la structure : l’enjeu même de la clinique
Claude Lemérer : La psychanalyse n’évangélise pas
Marie-Ange Baudot : Des effacements à écrire, à inscrire
Hector Yankelevich : Forclusions du Nom du père, rejets du Phallus
Annie Staricky : Le symptôme comme écriture
Jean-Claude Fauvin : Les non-analystes et le discours analytique
Christian Centner : Pourquoi errer dans un ordre de fer ?
Jean-Guy Godin : Symptôme et clinique
Annie Tardits : Clôture

Les actes du colloque ont été publiés dans un numéro spécial des Carnets (février 2008)


L’insistance du réel (mars 2004)

– « Tout dépend de si le réel insiste ». Tout quoi ? Notre avenir, celui de la psychanalyse, celui du discours du maître, celui de la « civilisation ». C’est ce qu’avance Lacan en 1974 dans « La troisième ». « Insistance du Réel » renomme le symptôme, qu’il soit analytique ou social, jadis assigné à l’insistance de la vérité dans le symbolique. Ce nouvel abord du réel ainsi introduit par Lacan avec le noeud borroméen à partir de l’expérience analytique, en rupture avec toute position philosophique antérieure, ne contredit pas seulement la bonne marche des choses selon le discours du maître. En tant que le réel est ce qui ne va pas, il exclut qu’on puisse être « pour », ou que le salut puisse être de le reconnaître et d’y consentir, voie de toutes les sagesses qui n’est pas étrangère au rapport freudien à la réalité. Notre clinique et notre pratique ont-elles pris la mesure de cette nouvelle donne ? Une ironie essentielle marque dès lors la position de l’analyste, assigné à « contrer le réel » du symptôme : la survie de la psychanalyse, elle-même symptôme du réel, dépend de l’insistance du réel. Ainsi du réel l’analyste ne saurait être le partisan, et pourtant il a partie liée avec lui. L’avenir de la psychanalyse, aujourd’hui, on s’en occupe. Le discours du maître du temps de la mondialisation s’emploie à la réduire par mise aux normes de notre avenir de marchés communs. Il serait téméraire de s’en remettre, dans un acte de foi, à la seule insistance du réel pour assurer notre survie. La psychanalyse peut aussi disparaître sans que ce soit pour avoir réussi à  « nous débarrasser du réel » , menace qui n’est pas la plus prochaine. Le symptôme a-t-il changé comme on le dit beaucoup ? Les prophéties de « La troisième » se réalisent sous des formes imprévues. La religion flambe, mais pas spécialement celle que Lacan dit être « la vraie ». La conjonction du discours de la science et du discours capitaliste déplace les limites du réel biologique dont le chiffrage est au fondement de l’inconscient : la vie, la mort, la reproduction sexuée, l’individu, et les formes sociales où ils se symbolisaient. Comment l’analyste s’y prend-il pour rejoindre la subjectivité de son époque ?

Joséphine Roques : Le père voilé
Charles Nawawi : Contrer le réel ?
Christian Centner : Le réel qui se fait jour dans le langage
Hector Yankelevich : Le réel, l’irréel, le corps, l’incorporel
Sophie Aouillé : En temps réel
Marie-Laure Susini : Le public de Sade et l’escamotage du réel
Jean-Pierre Thomasset : Contrer le réel aussi hors cure
Brigitte Lemérer : L’encombrement du réel
Isabelle Floc’h : Réinjecter Irma
Elisabeth du Boucher-Lasry : Le psychanalyste, le patient et la mort
Jean-Guy Godin : Pratique de l’analyse et symptôme
Solal Rabinovitch: Une pratique du réel
Anne-Lise Stern :Hameçon

Moustapha Safouan : Pourquoi définir le réel ?
J.-M Vappereau : La deuxième
Annie Tardits : La realisation de l’homme comme individu

Les actes du colloque ont été publiés chez Erès, Collection Scripta (Début…)


Chercher, inventer, réinventer (mars 2002)

– Les travaux dans l’École sur « les formations du psychanalyste », l’exigence faite actuellement aux psychanalystes d’affirmer les spécificités de l’acte psychanalytique, de la position du psychanalyste et des conditions de l’exercice de cette « profession profane », le colloque précédent sur les Versions de la guérison, conduisent à aborder un autre versant du psychanalyser en le prenant cette fois par le fil de la recherche. « Il y a eu en psychanalyse dès le début une étroite union de la cure et de la recherche…Notre procédé analytique est le seul dans lequel cette précieuse conjonction est conservée….Cette perspective de gain scientifique était l’aspect le plus noble, le plus réjouissant du travail analytique ; avons-nous le droit de la sacrifier à telle ou telle considération pratique ? » (S. Freud, « Postface », dans La question de l’analyse profane, Paris, Gallimard, NRF, 1985, p. 150). Le colloque est centré sur cette question : qu’est-ce que « chercher » dans le champ analytique ? Pourquoi, comment chercher ? Qu’est-ce qui spécifie chercher en psychanalyse ? Entre expérience et élaboration, entre trouver — retrouvaille de l’objet ? — et inventer  — reconstruire un savoir inconscient ?, border le trou du réel ? — entre répéter et s’autoriser, entre l’objet et la lettre, entre Réel et Symbolique … qu’est-ce qui pousse à chercher ? Comment en rendre compte ? Il s’agira de tenter de dire, de montrer en acte, et d’analyser, de dé-montrer, dans tel travail de recherche, dans telle élaboration analytique, dans tel travail de cartel, dans telle cure, dans telle passe…ce qu’est ce pousse-à-chercher.

Argument : La psychanalyse aurait-elle atteint ses limites grâce à une formalisation qui fonderait son exercice et sa transmission ? Freud assigne à chaque cure deux tâches conjointes, soigner et chercher ; Lacan ajoute que chaque psychanalyste est forcé de réinventer la psychanalyse. Poser l’inconscient met en oeuvre dans la cure, avec l’association libre et l’attention flottante, une méthode singulière d’investigation qui oriente la recherche et fraie les voies de l’invention signifiante du sujet dans sa rencontre avec le réel. Cela ne va pas sans résistances du sujet, qui ne veut rien savoir de son impossible rapport avec le sexuel et préfère supposer le savoir qu’il y aurait de ce rapport. Poser l’inconscient nécessite donc que l’analyste, en se faisant cause du désir de l’analysant, donne une chance au sujet de chercher et d’inventer. L’inconscient détermine un insu irréductible au coeur du savoir : inventer et réinventer deviennent dès lors passage obligé pour le désir de l’analyste et pour son acte. La fabrique d’une théorie qui inclut un manque impose une méthode, une position subjective, un style de recherche. Est-ce ce qui, au regard d’autres disciplines, spécifie la praxis analytique de la théorie ?

Elisabeth du Boucher-Lasry : A propos de la séduction infantile, recherche à partir d’une cure
Jean Guir : La recherche en psychosomatique, nouvelles perspectives
Jean-Baptiste Beaufils : « Parler à un chien habillé »
Claude Lemérer : « L’imagination créatrice » et l’enthousiasme
Arlete Garcia : Se nommer autrement
Diana Mariscal : Une invention dans la cure
Françoise Samson : Freud, Ferenczi : une recherche, deux styles
Sophie Aouillé : Apprendre à inventer ?
Guy Lérès : Ta cache savoir
Christian Centner : Le frayage et le cheminement
Jean François : L’invention du borroméen
Jacques Le Brun : Imago, un laboratoire pour la science des religions ?
Jacques Aubert : L’invention de la vraie épiphanie
François Balmès : Quelle recherche pour une pratique de bavardage ?
Michel Plon : Une place introuvable
Annie Tardits : Une recherche de Theodor Reik
Brigitte Lemérer : Négligences.

Les actes du colloque ont été publiés chez Erès, Collection Scripta exercices.


Versions de la guérison (mars 2000)

La demande de guérison porte avec elle lidée d’une restauration de l’état antérieur à la maladie et l’espoir d’une conformité à quelque fonctionnement idéal. En rendant, même partiellement, cette restauration possible, les progrès de la science créent une exigence qui rend tout écart, tout symptôme, toute souffrance intolérables, nie l’histoire et les altérations qu’elle produit, méconnaît l’impossible constitutif de l’humain. La réaction thérapeutique négative, quand la disparition du symptôme qui permet de vivre est appréhendée comme un danger, et la tentative de guérison qu’est le délire contredisent cette exigence et révèlent cet impossible. En complétant le symptôme par le détour paradoxal de la névrose de transfert, en permettant que se dise la vérité en souffrance du désir inconscient, en reconnaissant l’impossible, une psychanalyse permet-elle d’autres versions de la guérison ?
Sylvain Gross : Le marché de la guérison
Erik Porge : Entre tentative et tentation de guérir. A partir du transsexualisme
Solal Rabinovitch : La guérison comme cicatrice
Jean Guir : Problématique de la « guérison » chez des patients atteints de troubles organiques
Elisabeth du Boucher-Lasry : De la « guérison » d’un cas d’asthme sévère; implication du nom propre
François Balmès : Vérité et guérison
Bernard Forthomme : La guérison comme purification.
Freddy Doussot : En quoi la psychanalyse ne serait-elle pas une psychothérapie ?
Bernard de Goeje : De la pulsion au fantasme.
Patrick Valas : Alice au pays des Vermeils.
Elisabeth Leypold : La réaction thérapeutique négative
Jean-Guy Godin : Les obstacles au traitement
Paul Alerini : La question de la guérison à la lumière de l’expérience de la passe
Marie-Claire Boons-Grafé : De la « guérison psychanalytique »

Les actes du colloque n’ont pas été publiés. En revanche, certaines interventions faites lors de ces journées de travail ont été publiées dans les Carnets.


« L’expérience du savoir a été publié dans les Carnets »